Le Wyoming… Kris ne savait pas le situer sur une carte avant d’arriver au Colorado. C’est un état rectangulaire au milieu des USA dont la plus grande ville est minuscule. La densité d’habitants y est tout aussi minuscule. Un Etat avec peu d’intérêt au premier abord, MAIS si on y regarde mieux, dans le coin Nord-Ouest du pays, se trouvent les parcs naturels d’Etat de Grand Téton et de Yellowstone! Savoir que l’on va traverser ces lieux magiques, surtout Yellowstone ce parc unique au monde, nous motive à pédaler! Il nous aura fallu 8 étapes pour arriver aux portes des parcs naturels. Le Wyoming tient la promesse que nous ont fait tous les habitants croisés en route : beaucoup de vent de face. C’est dans la nature du vélo que d’aller dans le sens contraire du vent sûrement, et réciproquement. On ne sait plus trop si on exagère à se plaindre du vent de face ou si on a vraiment pas eu de bol sur ce coup-là. Toujours est-il que, Kris poussant beaucoup plus fort sur ses pédales, il se retrouve à mener ce petit attelage de 2 vélos au ralenti, perdus dans l’immensité de plaines traversées par une loooongue route toute droite.De grandes vallées peu hautes, très ouvertes et au fond plat, de l’herbe rase et de la végétation très basse. Nous traversons une sorte de désert, avec des formations rocheuses multicolores qui encadrent ces vallées battues par le vent. Tout ceci à le mérite de donner naissance à des orages majestueux.Il y a des reliques d’habitations uniquement parce qu’il y avait du minerai dans les montagnes. D’ailleurs du minerai, il n’y en a plus, et nous vous laissons imaginer l’état de délabrement de certains villages passes de 5000 à 70 habitants, ainsi le niveau de pauvreté de certains de ceux qui vivent encore là malgré le tarissement des mines…Faute de pouvoir suivre la Great Divide à cause de la pluie et de la neige qui ont transformé les chemins en bourbiers, nous avons rejoint la trans-américaine, un trajet cyclable sur route qui a une direction similaire dans cet Etat, bien que dans l’ensemble elle traverse les États-Unis d’Est en Ouest quand nous faisons un Sud-Nord. Nous voyons donc passer d’autres cyclistes quasi quotidiennement. Nous sommes les plus chargés de tous. Souvent, ils font du bike packing sur des vélos de course et leur chargement fait un tiers du notre. C’est le cas surtout de ceux que l’on croise qui empruntent cette route dans le cadre d’une course. Ils mangent au restaurant et dorment à l’hôtel tous les jours. Ça doit leur coûter une fortune de voyager ainsi! Ils avalent ainsi des distances considérables et certains comptent traverser les États-Unis de Washington, l’Etat à Washington, la ville en moins de 30 jours… les fous!D’autres, plus lents comme nous, transportent une tente et un minimum de cuisine, mais nous regardent toujours bizarrement quand on leur parle de camping sauvage. Il est vrai qu’en voyageant seul, pousser sur ses pédales toute la journée et, le soir venu, s’isoler dans sa tente loin de tout, ça ne doit pas être une projection très attirante. Etre à deux est un gros avantage là-dessus (notamment). Tant que l’on a de quoi faire un apéro dans les sacoches, tout va bien! Un joli coin, des chips et une partie d’échec en attendant le repas. Voilà un programme de fin de journée qui nous plait bien. L’apéro tout seul, c’est bien moins attirant.Le long de la trans-américaine, il y a des églises qui ouvrent leurs portes aux cyclo-randonneurs. De façon vraiment désintéressée : ils n’essayent même pas de faire du prosélytisme! Seulement quelques piles de prospectus sur « Le Chemin de la Verité » ou des autocollants aux toilettes « Dieu Notre Sauveur », rien de très surprenant dans la culture américaine. Les lieux sont sobres mais bien suffisants. Une cuisine à disposition, une pièce pour mettre nos matelas et une salle d’eau avec douche bien chaude. Parfait, surtout quand le vent souffle bien fort juste avant un violent orage.Kris s’amuse encore à jouer au jeu des sept erreurs avec tous les courants religieux que nous rencontrons. Pour les Mormons (dont une fidèle nous a généreusement embarqués en stop sur l’autoroute interdite aux cyclistes sur laquelle nous avions atterri après 20km de single track épineux), Dieu et Jésus se seraient pointés aux USA au 19e pour ordonner à un gamin de 14 ans de créer sa propre Eglise et restaurer la vraie foi. Ce même gamin aurait alors trouvé des lois supplémentaires écrites sur des plaques en or qu’un ange l’aurait aidé à traduire et boom, création de l’eglise des Mormons ou des « Saints des derniers jours » (Oui, c’est résumé très succinctement mais c’est ce qu’on a compris). Pour l’église épiscopale ça a été beaucoup moins facile d’avoir les détails. Il n’y a juste pas de baptême, tout le monde peut venir communier. Mais à part ça, ce sont les même chants que les catholiques. Ils ont leurs propres « évèques » par région. D’ailleurs celui du coin est gay. Quand il l’a annoncé, 1/3 des fidèles ont changé d’église. Ils vont maintenant à 100m de là dans une église « indéterminée, basée sur l’enseignement de Jésus » (sic). Bref, les gens s’occupent comme ils peuvent dans ces pays où les hivers sont longs. On nous fait remarquer qu’ici, à la différence de l’Europe, on parle facilement de Dieu « puisque tout le monde y croit » (re-sic). Et on l’a bien remarqué. Nous entendons souvent « que Dieu vous bénisse » ou « que Dieu soit avec vous », alors qu’on est déjà bien assez chargés comme ça. Dans une de ces églises, donc, nous goûtions une pause en discutant avec un randonneur pédestre, la porte s’ouvre et entre le couple d’Australiens rencontré a Pie town, Nouveau-Mexique, il y a 1 mois et demi de cela! Nous avions alors passé quelques heures à leur vitesse pour papoter. Quelle surprise de les retrouver après tant de temps. Ils ont eu la même météo pourrie que nous, mais ça a eu un impact bien plus important sur leur voyage, la traversée des États-Unis à pied par le Continental Divide Trail. Ils ont du couper tout un bout du Colorado et devront encore sauter un bout du wyoming. Ils seront donc à nouveau devant nous bien que nous les ayons doublé deux fois. Nous espérons les recroiser encore, ils sont tellement sympas et inspirants!En attendant, ce que l’on retrouve surtout, c’est le mauvais temps.Juste avant de rentrer dans les parcs nationaux, nous nous retrouvons à nouveau sous la neige. 48h de froid nous immobilisent dans le salon d’un restaurant d’altitude, juste après un col nommé « Togwotee pass ». Nous y passons deux journées au chaud mais, leur chambre la moins chère étant à 160$, nous dormons dehors sous la tente par -8°c et une belle tempête de neige… Nous passons ainsi deux nuits assez pénibles à attendre le retour du beau temps en luttant difficilement contre le froid et l’humidité. En camping, c’est une combinaison détestable.Et quand le temps se dégage, nous abordons enfin ce qui s’annonce comme un moment majeur de cette traversée des États-Unis. Le parc de Grand Teton, ce sont des montagnes majestueuses (et, ha tiens, couvertes de neige) entourées de jolis lacs. C’est assez féerique, surtout de dévaler un col en voyant se révéler les sommets enneigés. Mais ce qui doit être encore mieux c’est d’avoir le temps de randonner une semaine entière dans ces sentiers.Malheureusement, nous ne l’avons pas trop ce temps, car la pluie est déjà annoncée pour dans quelques jours, et nous restons sur l’unique route, avec les centaines de voitures qui se succèdent aux points de vues. C’est un peu comme un « drive in » de la visite en nature. Les voitures s’arrêtent, baissent leur vitre, sortent un appareil photo monstrueux et clic, voilà on peut repartir! Pas un pied au sol. Il faut dire qu’ici on fait tout pour que ça se passe ainsi. Il y a une série d’interdits longue comme le bras et une mise en garde permanente contre les dangers des animaux sauvages. En gros si tu sors de ta voiture, tout ce qui est possible, c’est de rester sur le bithume du parking et prendre une photo. Autant rester dans la voiture, c’est sûr.Malgrès les interdits, nous avons trouvé un joli spot pour dormir au bord du lac avec les montagnes en arrière-plan. On se sent vraiment chanceux maintenant qu’il fait beau, notre moral suit la courbe des températures on dirait…Sans transition, nous changeons de parc. Yellowstone est le plus ancien des parcs nationaux. Les visiteurs y ont déjà fait toutes les conneries possibles (y compris faire tomber un enfant dans un geyser!) Du coup ils ont paré à tout. Ça paraît donc très stérilisé et ça ressemble à un parc d’attraction. Les touristes vont d’attraction en attraction le long de l’unique route (qui fait une boucle de 200km quand même) avec leurs énoooormes mobilehomes et, pour nous qui sommes à vélo, c’est peu agréable. A chaque point d’intérêt, il y a un parking et une allée en bois dont il est interdit de s’écarter d’un pas. On ne se baigne pas dans les sources d’eau chaude non plus, seul le lac est autorisé : il est à 5°c…Tout ceci fait que le site est dans un état de conservation exceptionnel! Inutile d’être photographe pour faire de belles photos, la nature s’en charge. C’est beau, c’est propre et préservé. Et c’est surtout une féerie de couleurs, de prisme des rayons du soleil dans la fumée et des jeux d’eau faisant passer Versailles pour un jardin d’enfants.Ils « préservent » aussi l’emploi dans ce parc. Les 3/4 des employés que l’on a rencontrés sont des retraités! Ça nous a fait bizarre la première fois. Quand on leur demande, ils disent qu’ils sont à la retraite, mais ils sont employés par le parc pour la saison. Le gardien de camping est un retraité qui a tenu un camping pendant sa vie active. Mais comme là il est retraité, il n’a plus le même salaire. Oui, ça nous a fait bizarre aussi la seconde fois quand l’agent de sécurité nous a dit qu’il travaillait là avec sa femme depuis quelques saisons. Elle fait les chambres de l’hôtel pendant qu’il surveille le parking. Mais ils sont retraités. Encore un bel exemple de la société libérale! Mais revenons à ce superbe parc.Pour la quatrième fois de ce voyage (en comptant le tremblement de terre à Tuxtla au Chiapas), nous sommes en lien direct avec les entrailles de la Terre. Sur ce giga-cratère de 3800 km2, nous voyons des geysers pour la première fois, et parmi les plus grands. On se méfie avec les Américains, ils disent toujours « The WORLD greatest/higher/bigger » mais ils étaient vraiment grands! Des bisons aussi, des biches, des élans, des cerfs, qui se promènent librement à deux pas de la route, bien encadrés par les rangers. Il y a déjà eu des accidents avec des couillons qui voulaient un selfie avec les bois du cerf…Le lac où nous campons la première nuit donne sur des montagnes enneigées qui, quand elles rosissent le soir venu, ressemble fortement au logo de Paramount pictures! Le camping dans le parc est innabordable pour nous, alors on fait du sauvage. Au second jour, on se rend compte combien il doit être agréable de faire de la randonnée dans ce parc. On longe le lac et un canyon qui finit en cascade. Dans les plaines, nous croisons des bisons qui nous regardent placidement, de loin.Au troisième jour, le décors se fait plus souvent minéral. On arrive sur le côté vraiment actif du volcan. Nous avons la chance de voir l’éruption du plus gros geyser du parc (le plus haut du monde selon eux…) il explose tous les 5 a 7 jours au moins 20 minutes. Il commence pile quand nous arrivons sur le site et l’éruption durera deux heures!Un cratère de 2m de diamètre crachant de l’eau bouillante et de la vapeur à 80m de haut, c’est impressionnant!Nous verrons aussi toute une série de « hot pot » ou « hot spring » en fonction de si ça brasse de l’eau où de la boue. Amélie est en admiration, ces formations minérales sont incroyablement riches en couleurs.Le jour 4 commence avec un passage au milieu d’un troupeau de bisons. Ils campent de part et d’autre de la route secondaire qui mène vers LE geyser la plus connu. Un grand bassin bleu entouré de contours orange et ocre formant un soleil. Le drone étant interdit dans le parc, on a mis le mode rafale sur notre appareil photo qu’on a lancé le plus haut possible et on a prié pour avoir un bon timing!…Plus tard dans la journée, après être passé à 3m d’un bison solitaire (c’est bien plus flippant qu’une vache même si ce sont deux ruminants fort similaires…Mais ça se fait pipi sur les pattes!), nous atteignons la partie la plus touristique du parc. Il s’y trouve des geysers dont l’éruption, certes moins impressionnante, est plus prévisible que le gros, et surtout plus fréquente. Devant le joyaux du parc, le Old Faithful réglé comme une horloge, une dizaine de bus de touristes (50%de chinois) toutes les 90 minutes, pschiiiiiit, et hop tout le monde remonte en voiture, circulez!Nous campons encore dans la forêt où nous nous cachons des rangers, des ours et des moustiques. Finalement, les moustiques nous ont trouvés…Un dernier cadeau avant de sortir du parc: un ours se promène de l’autre côté de la rivière. Il a tellement l’habitude des touristes qu’il s’en fout royalement. Il fait sa vie en snobant la miriade d’objectifs (dont le notre) braqués sur lui. Pas un sourir, pas une pose lacive au soleil ou la moindre démonstration de force. Il grignote de l’herbe et retourne dans la forêt.Nous n’avons pas pu tout voir en 4 jours. Nous savons qu’à vélo, généralement, on ne peut pas tout voir; et cette fois-ci nous le regrettons un peu. Mais nos corps fatigués par le froid nous empêchent de faire les 200km qu’il faudrait envisager pour tout visiter. Cela fait 3 semaines que nous roulons tous les jours. Du vent, de la pluie, de la neige et de la grêle nous sont tombés dessus; pour gagner un peu de temps et savourer le parc on a poussé sur nos pédales et traversé les 830 km du Wyoming en une petite dizaine d’étapes. Cet Etat devait être « vite fait », il fut difficile et splendide à la fois. En passant devant le panneau d’entrée du Montana, Amélie fait une remarque anodine « Montana, ils ont pas du appeler cet Etat comme ça pour rien! » Il nous faudra un peu de repos pour nous frotter à cet Etat dont le seul nom promet quelques souffrances encore.

4 thoughts on “Wouaaaaaa-yoming”

  1. Attention si vous roulez avec Dieu sur votre vélo vous risquez une prune pour être a 2 sur le mm véhicule
    Courage, c’est dur mais bientôt fini et je suis certain que, parfois, vous regretterez froid pluie et vent tellement associés a une liberté que je vous envie.

  2. Les photos et les textes sont toujours aussi chouettes. Et bravo pour cette étude comparative réjouissante des courants religieux américains. 🙂
    Gros bisous !

  3. Merci pour ce blog passionnant et plein d’humour. Grâce à Dieu, vous savez passer à côté de Lui sans encombre.
    Quand on fait un voyage comme ça, malgré le froid et la fatigue, on se demande sûrement de temps en temps « Why Homing ? », alors qu’on est si bien en liberté…

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