De là où nous sommes, nous lisons beaucoup sur la situation en France. Nous sommes partis juste avant le début des manifs et des fois on regrette de ne pas en être. Au moins pour ne pas dependre de la presse et des réseaux sociaux pour comprendre le mouvement. La dégradation de la situation sociale en France nous rendait tous deux malheureux bien que nous ayons conscience de bien des avantages qui subsistent dans notre modèle. Tous les jours nous lisons les dégâts d’une libéralisation agressive de notre société. Nous n’en sommes pas les premières victimes, mais nous les voyons autour de nous. Et malgré nos tentatives, nous nous sentons impuissants.

Ici au Mexique, la société est déjà dans l’économie libérale et la projection que nous faisons n’en est que plus qu’alarmante. Ici la santé est déjà privatisée ainsi que l’éducation. La nature aussi et la sécurité civile… tout en fait. Les gens pour « trouver un boulot » ne traversent plus la rue. Ils restent au milieu du passage piéton et vendent qui des glaces à l’eau, qui des cacahuètes ou un lavage de pare brise. On y trouve aussi des jongleurs. Et quand 8 personnes vous sollicitent à chaque feu rouge, ça fait « bizarre ». Non, bizarre n’est pas le mot. Ca fait peur. Les pharmacies vendent des chips et du soda, les enseignants gagnent 50 pesos de l’heure (2,5€!).

Pour l’anecdote, ici il y a des topes (dos d’anes) partout. Mais vraiment tous les 200m un bon gros truc qui te fait quasi t’arrêter, net. Au début on pensait que c’était une façon de gérer la vitesse, un peu sévère certes, mais pas cher et hyper méga efficace. Que nenni! Dans ce pays libéral où les services publics sont sous-payés, les chefs de police ont demandé à leurs agents de leur ramener du liquide sous peine de sanctions. Ainsi rançonnés, les agents de terrains se sont mis à rançonner les automobilistes pour satisfaire leurs chefs. Devant tant de corruption, l’Etat a ôté à ces agents le droit de verbaliser. Devant l’absence de risque de verbalisation, les conducteurs ont fait la fête du slip. Face aux dégâts de la fête, les villes ont investi massivement (mais à leurs frais) dans des topes. Quand aux policiers municipaux, ils ont maintenant autant de pouvoir que nos ASVP, tout ce qu’ils peuvent dire c’est « Non, arrêtez s’il vous plait »…

Pour faire régner l’ordre, nous voyons passer régulièrement des gros hummers blindés avec des robocops exhibant des armes de guerre. Nos soldats Vigipirate dans les gares ont l’air mignons à côté. Et ce n’est pas seulement l’armée, c’est là police fédérale, la police d’État et même la locale. Le groupe de maintien de l’ordre à Toluca s’appelait F.E.A.R., tout un programme…

Il n’y a quasi plus de classe moyenne et l’on sent une pauvreté omniprésente dans le pays. Pourtant ce n’est pas un « pays peu développé » ou « en voie de developpement » ou un de ces termes pour cacher les choses. Ce n’est pas que ca n’existe pas encore au Mexique, ici, quand on a de l’argent, on a autant de confort que dans « les pays industrialisés ». Nous passons souvent devant ce que nous appelions des « quartiers de riches », ces zones gardées, ceintes par un mur et des barbelés avec 50 à 100 maisons a l’intérieur. On y est entré sur invitation et avons découvert qu’à l’intérieur, ça ressemble à un quartier européen. Ce ne sont pas des riches qui vivent là, mais plutôt une classe moyenne qui fait appel à des sociétés privées pour faire ce que l’Etat fait chez nous pour tout le monde : services de poubelles, nettoyage, entretien, sécurité routière, etc. C’est ce que l’on appelle la privatisation. Seuls ceux qui peuvent se le permettre peuvent y accéder, les autres sont dans une spirale négative.

Nous sommes depuis trop peu de temps aux États-Unis que nous traversons loin des villes pour nous faire une bonne opinion. Mais nos recherches en amont sur le coût de la santé nous ont sidéré. Des copains nous ont raconté leur automédication car même avec une assurance le coût d’un spécialiste était trop élevé. Une assurance a préféré rapatrier en urgence une randonneuse qui s’est cassé le pied que de payer les 20 000 dollars pour la prise en charge en hôpital. On compte sur notre bonne étoile pour ne pas faire de crise d’appendicite ici!

Nous avions déjà ressenti cela en Asie et nous nous sentions rassurés de rentrer en France. Là, on ne sait pas quand on rentrera, mais on se demande bien dans quel état on retrouvera notre société et sur quelle pente elle sera…

2 thoughts on “Société libérale…”

  1. Comment dire…nous nous sentons bien démunis face aux attaques tous azimuts du gouvernement…comme on se disait hier avec Madame M.M, on sait plus où donner de la voix… 😭😭

Comments are closed.