Il a fallu laisser passer du temps avant de reprendre la plume. Sans ça nous aurions écrit des articles à déprimer les cylo-voyageurs du Mexique.

Toluca, où nous avions échoué près de 3 semaines, n’est pas une belle ville. Le guide touristique que nous avons le dit à mi-mots, mais le voir est autre chose. Une fois achevées nos escursions sur les volcans Nevado et Izta et les quelques activités prévues avec nos hotes, le temps nous a paru bien longdurant ces 3 semaines à tourner en rond.

Une fois les pièces arrivées, nous nous précipitons à l’atelier qu’on nous a gentiment mis à disposition et partons dès le lendemain matin.

De fait, nous reprenons la route sans en avoir envie. Nous quittons le joyeux chaos d’une famille très attachante.

Retour à la route, au bruit, à la pollution. D’ailleurs, notre premier campement en quittant nos hôtes se fait près d’une « rivière » tellement polluée qu’elle pue les égouts à ciel ouvert. Elle nous avait tellement donné envie à l’ombre de grands arbres verts, on se sent floué.

La carte du Mexique semble s’étaler à n’en plus finir, nous sommes toujours plus au sud que notre point de départ, Cancun. Dans ces moments un peu longs, le bien-fondé du voyage vacille fortement. Que faisons-nous là si le plaisir d’y être n’y est pas?

Nous avançons pour trouver des gens. Nous nous accrochons à l’humain et nous fixons de petites étapes pour reprendre goût à la route. C’est ainsi que nous allons à Aculco, petit village charmant, « Pueblo Magico » les appelle-t-on ici. Mais surtout petit spot de grimpe traditionnelle (on s’assure sur coinceurs, il n’y a pas d’équipement dans les parois) où nous retrouvons Paul et Kelly dans leur van ainsi qu’un peu de nature.

Amélie a acheté des fonds de casserole en silicone. Elle veut essayer des recettes qu’elle a glanées « C’est pas parce qu’on n’a pas de four qu’on peut pas faire de gâteaux! » Et nous voilà un soir avec un succulent pain maison et un gâteau au chocolat végan, le tout, cuit au feu de bois. Le lendemain une tarte aux pommes… Quand le moral est dans les chaussettes, la cuisine d’Amélie se dresse comme un rempart face aux tracas du monde!

1 journée et demie de détente et de grimpe avec des copains suffisent à nous requinquer.

Une petite étape plus loin, à Queretaro, nous logeons chez un ami de Paul. Nous découvrons une ville fort conviviale dont l’architecture coloniale et les façades colorées contrastent avec la laideur industrielle de Toluca. Nous redécouvrons la joie de déambuler de places en jardin publics et savourons une soiree avec des copains : yoga au parc, tacos dans la rue et danse sur la place centrale. La recette de la bonne humeur.

Nous donnons rendez-vous à Paul et Kelly à Monterrey, à quelques 1000km de là. Autant dire que nous ne pouvons pas trainer.

La sortie dune grande ville est toujours un moment pénible, mais nous trouvons une voie secondaire plus paisible.Trouver de la bière locale juste avant le bivouac a aussi participé à une nette amélioration du moral.

Tomber par hasard sur une ville des plus touristiques mais extrêmement jolie sous le soleil également. San Miguel nous fait penser à Antigua au Guatemala, une ville parfaitement restaurée et organisée pour donner à voir le meilleur du Mexique. Ça fait un peu Disneyland mais les églises sont splendides et la pause café fort agréable.

Nous arrivons sans trop d’efforts à San Luis Potosi, où nous sommes hébergés par Ivan, un hôte Warmshower. Un commentaire à son propos indique  » C’est comme arriver chez ton super pote » et c’est vrai. A peine rencontré, il nous annonce un réveil à 4h30 le lendemain pour aller faire une rando dans la Sierra, puis il nous emmène déguster une bière locale en centre ville. On fait des échanges de recettes et il nous cuisine un ceviche vegan, ce garçon sait recevoir! Cerise sur le gâteau, nous repartons avec des photos de nous 2 à vélo, chose assez rare sur ce voyage car nous roulons seuls.

De rencontre en rencontre, les étapes se font moins sentir. 3 jours pour aller ici, 4 pour aller là, et nous sommes enfin sur l’altiplano potosino.

C’est une zone semi aride, plate, à 2000m d’altitude. La végétation qui y règne est une végétation de combat! Pas un arbuste sans épines, des cactus de partout, les quelques arbres ont aussi des épines comme des ronces.

Nous avons perdu le compte des creuvaison depuis longtemps d’ailleurs et certaines épines arrivent à transpercer les semelles de chaussures d’Amélie et lui rentrer tout droit dans le pied! Et c’est pire que marcher sur un lego pieds nus.

Néanmoins les routes y sont droites et le vent nous est favorable. Les 500km se font en 5 étapes et la progression sur la carte routière est flatteuse. Ça change du centre du Mexique.

On atteint ainsi sans les attendre nos 5000km sur ce voyage! C’est 3 fois moins que le voyage précédent et toujours 2500k de moins que ce que nous avons parcouru en bateau… Mais une chose est sûre, on ne les a pas volés. Et le lendemain, alors qu’on passe le marqueur du Tropique du Cancer, on se dit qu’on a quand même du mérite de rouler par cette chaleur torride à trimballer nos 6 à 7 litres d’eau quotidienne.

La journée que nous prenons pour visiter Real de Catorce, un village minier abandonné à la fin du 19e siecle, nous déçoit. Nous aurions été surement encore plus déçus de ne pas faire la visite du tout. Peut-être est ce la loooongue montée sur la pire route pavée du monde qui a entamé notre enthousiasme. Ou la présence d’un tourisme qu’on n’avait pas prévu dans un « village abandonné ». Toujours est-il qu’on retrouve la route au fond de la vallée avec plaisir.

Sur ces routes droites et peu fréquentées, nous nous desséchons doucement. Il fait chaud et sec mais nous pouvons rouler côte a côte autant que nous le voulons, ce qui n’arrive pas si souvent et a pourtant son importance pour nous. On n’arrive pas toujours à éviter les tourbillons d’air chaud et poussiéreux qui s’élèvent au dessus des champs mais c’est plus impressionnant que dangereux.

Avec ce vent de dos et cet espace, Kris retrouve un vieux fantasme né dans le désert de Gobi : avancer à la voile sur le vélo. Après réflexion, nous essayons une manoeuvre avec la bâche de camping. Un premier raté puis un second, un peu de réflexion encore et on fait un troisième essai. Au bout de quelques minutes, Amélie annonce fièrement que nous avons atteint 10km/h! Youhou…. En un quart d’heure nous avons parcouru environ 1km, peut être 2. On a rangé la bache. Nos notions de voile sont à refaire. Que le skipper qui nous a fait traverser l’Atlantique nous pardonne.

Monterrey arrive vite et dans cette bonne humeur retrouvée. Si proches du but, nous n’arrivons pas à faire la pause que nous envisagions à Saltillo après 120km de vélo sous un soleil de plomb. Nous visons Monterrey depuis trop longtemps pour différer. Cette ville, ou plutôt le parc naturel de La Huasteca, est notre objectif depuis plus d’un mois. C’est (encore) un spot de grimpe majeur. Pour ses grandes voies cette fois-ci, celles où l’on gravit des centaines de mètres dans la journée à deux pour atteindre les sommets des falaises. De loin ce qu’on aime le plus grimper ensemble.

Nous avons vaguement un contact sur place mais il ne répond plus depuis 2 jours. Alors, arrivés sur place nous saluons les premiers grimpeurs que nous croisons, au pied d’une face de calcaire bien lisse, dans un cadre plus que prometteur.

Ne partir qu’avec des chaussons d’escalade était une bonne idée. Cela nous force à sortir de notre zone de confort. Et, comme à chaque fois que l’on a joué à ce jeu, nous tombons à nouveau sur un jour de chance.

Les grimpeurs nous présentent à un couple qui connaît notre contact et nous emmène tout droit chez lui. Une petite maison sur un terrain en plein milieu du parc de La Huasteca! Un coin de rêve pour n’importe quel grimpeur. Finalement, Diego est super content qu’on l’ait trouvé car il était depuis deux jours dans un coin du parc ou ça ne capte pas.

Voilà comment, en osant dire bonjour et parler un peu, on se retrouve au milieu de montagnes magnifiques, à camper chez le seul grimpeur du parc, à rencontrer les habitués et ouvreurs de la vallée, tout en se faisant prêter le matériel nécessaire pour que nous puissions grimper.

Nous pourrions facilement tomber amoureux de ce lieu. Il ressemble tant à un de nos rêves, vous savez, celui de se construire un petit gîte dans un lieu superbe et peu exploité par le tourisme. Ne sommes-nous pas nombreux à avoir ce rêve? Eh bien ici, ce serait possible. D’ailleurs, Diego rêve de ça aussi, mais ne sachant pas par quel bout prendre les choses, il préfère s’éloigner de ses soucis en se fumant une ènieme pipe. Dommage.

Nous profitons du lieu tel qu’il est et c’est déjà ça. Paul et Kelly nous rejoignent quelques jours après notre arrivée. Ce sera la 5ieme fois que nous les retrouvons. Notre rythme d’activités baisse drastiquement. Grimper quelques voies un jour et décréter un jour de repos le lendemain. Nous trouvons tout de même le temps de faire une longue voie de 300m dans cet emploi du temps surchargé. D’ailleurs on a mis tellement de temps à se décider à partir ce matin là que l’on a fait la descente de nuit. Il faut le faire de temps en temps pour justifier la frontale que l’on emmène systématiquement, et pour se rappeler que ce n’est vraiment pas plaisant, surtout sur un chemin couvert de cactus!

Le parc de la Huasteca nous aura retenu 10 jours d’un temps qui coule doucement et trop vite à la fois. Le van aménagé de Paul et Kelly séduit de plus en plus Amélie et l’idée de prolonger le voyage en véhicule motorisé fait doucement son chemin dans nos têtes.

Il est temps de reprendre la route à vélo avec de nouveaux rêves plein la tête. La « great divide » nous attend et, comme dans notre impatience nous nous jettons dedans bien trop tôt, ce trail risque de nous en faire voir de belles.

One thought on “Retour sur la route des mangeurs de tortillas !”

  1. Vos photos sont toujours aussi délirantes… Contente que vous soyez repartis de la bonne roue et que la Great Divide vous comble. Je vous embrasse fort.

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