Oaxaca est une ville où il fait bon se poser, se reposer. Bien mieux aménagée, propre et avenante que nombre de villes que nous avons pu traverser au Mexique. Colorée et touristique aussi, ça a l’air d’être un passage référencé des voyageurs et voyagistes.En mal d’interactions sociales prolongées autant qu’en besoin de repos, nous passons du temps avec « La famille » : ce couple avec trois enfants que nous avions rencontrés quelques semaines plus tôt à Tuxtla puis a Hierve el agua. On les rejoint au parc, un soir puis deux, on boit des coups, on attérit dans une taqueria en fin de soirée. Retrouver des têtes connues, rigoler dans un bar, on se sent à la maison! Comme quoi il en faut peu parfois.Il y a près de Oaxaca un petit spot de grimpe. Nous avons tôt fait de trouver le réseau local de grimpeurs et de nous faire prêter du matos au pied des voies. Nous rencontrons ainsi Paul et Kelly, un couple germano-américain qui voyage en van depuis 3 ans. Le courant passe très bien entre nous. Même style de vie, mêmes aspirations. Entre autre, ils ont parcouru à vélo la Great divide que nous visons aux États-Unis! Nous passons du temps avec eux, à visiter les ruines zapotèques ou la piscine du coin, ravis de repousser chaque matin le depart.Nous repartons finalement de Oaxaca avec toujours un trou dans le matelas de kris, plus de trous dans la tente ni dans les pneus d’Amélie. Physiquement, ça va mieux aussi, mais il manque encore un peu de repos.Ce qui nous motive à quitter cette ville, et la bulle de confort qu’elle procure, c’est la grotte de Chonta. Un spot d’escalade majeur qui a fait l’objet d’un Petzl rock trip en 2010. Pour les non-grimpeurs, ça veut dire que des stars de la grimpe sont allés ouvrir des voies dans cette gigantesque grotte; elle doit donc envoyer du lourd.550km de vélo pour y aller et nous n’avons pas d’autres infos que son point GPS sur la carte… Nous sommes optimistes.La sortie de Oaxaca nous mène droit vers les montagnes. Ca grimpe plusieurs jours mais on se régale en termes de paysage et de camping le soir.Malheureusement, les bonnes choses ont une fin. Nous redescendons et, sur la route, il fait de nouveau bien trop chaud. Nous cuisons comme des poulets braisés ! Les paysages sont beaux, mais il faut aimer la sécheresse. On n’a rien contre mais se faire une grosse côte, mais sans avoir trouvé d’eau, c’est vraiment pas agréable.Nous traversons à nouveau une région de canne à sucre. A un moment, face a ces champs immenses en monoculture auxquels on met le feu la veille de la recolte on se serait cru dans le nord de la France raconté par Zola… des enfants le visage plein de suie, des travailleurs pauvres, des champs exploités à l’énergie animale. Saleté, misère, pollution… On ne regardera plus notre paquet de sucre de la même façon.Lorsque nous arrivons à fuire les tas d’ordures qui jonchent les bords de route, nous arrivons à trouver de chouettes campements. Mais traverser des zones couvertes de déchets nous déprime encore un peu plus.C’est dans cette humeur un peu triste que nous arrivons aux grottes. Notre pari de ne transporter que nos chaussons d’escalade est ici assez osé car, sans grande ville à proximité, s’il n’y a personne, on ne reviendra pas. On aura fait ce détour pour rien…Notre première tentative d’approche est un échec, la seconde aussi. Il est tard, nous sommes à deux doigts d’abandonner pour chercher un campement. Et c’est là que « ça » commence. « Ça », c’est ce moment où le cours des choses échappe à notre contrôle. Alors que nous rebroussons chemin devant un ranch, une personne nous hêle, nous envoie vers une seconde qui nous dit que non, nous ne sommes pas perdus, bien au contraire! Il en veut pour preuve que la voiture qui arrive derrière nous est un grimpeur qui rejoint ses copains au pied des voies. Il l’interpelle, nous discutons avec lui, et voilà qu’il se propose de nous guider jusqu’au campement… et nous prête une corde d’escalade! Le gars en question a des mains et des bras de grimpeurs sans aucun doute! Nous transférons tant bien que mal nos sacoches dans nos sac de rando. Et nous voilà à la frontale, sacs sur le dos, vélos garés dans le ranch, embarqués pour 45 minutes de marche d’approche après 80km de vélo.Pourquoi ce gars (on l’appelle Guilli nous dit-il) est passé juste à ce moment-là? On avait un créneau de moins de 5min, on aurait fait demi-tour s’il n’était pas apparu. Appelons ça un rendez-vous de Ia chance. Ce genre de moments où il faut savoir se laisser dépasser par les événements et apprécier ce qu’il se passe.Nous arrivons exténués au campement, mais ravis de cet enchaînement. 5 grimpeurs (1 chilienne, 1 américain et 3 mexicains) passent la semaine sur le site, isolés sur le flanc de la montagne dans une grotte magnifique, ombragée et équipée de partout! 5 jours en autonomie au paradis de la grimpe. 5 jours avec les mêmes personnes aussi, c’est très plaisant. Kris en profite pour travailler son espagnol, Amelie boit du maté avec Dany la chilienne et, le soir au coin du feu, nous écoutons du rock latino, loin des rythmes de cumbia qui nous désesperent. Apres quelques voies mythiques et aller-retours pour le ravitaillement, la rienfaisance est de mise car nous sommes à nouveau à bout physiquement et l’escalade ne nous aide pas.Des arbres, des étoiles et des gens, ces quelques jours nous remontent énormément le moral et surtout mettent en perspective une certaine souffrance sur nos vélos. Nous retournons sur la route mais quelque chose a changé. Difficile de dire quoi.Nous nous donnons 3 jours pour rejoindre l’étape suivante. C’est beaucoup mais nécessaire vu notre état.À Toluca, nous sommes attendus par des hôtes « warmshower » (l’équivalent de couchsurfing mais pour les cyclistes). Ce n’est pas un atterrissage que nous faisons chez eux mais un crash. Une semaine quasi sans sortir de la maison tellement nous sommes lessivés.Une famille avec deux enfants, tous incroyablement gentils et ils adorent les jeux de société! Ils ont de l’humanité à donner et nous en avions besoin. Moral entamé, physique à zéro et matériel usé, nous rechargeons nos batteries et nous nous faisons livrer du matériel de rechange depuis la France.En attendant le colis, nous lançons une expédition pour le Nevado de Toluca, un volcan de 4680m d’altitude que nous avalons en une bonne journée et 87km. Nous n’en avons fait qu’à notre tête en préférant la piste qui mène droit au sommet plutôt que la route qui serpente plus. On a failli le regretter tant le cratère nous a paru inatteignable après 4 heures à pousser sur une route de sable. Mais le résultat est à la hauteur de nos efforts et puis, on doit aimer ça quelque part, de galérer dans les routes pourries!Comme ça nous a plu, à peine rentrés nous envisageons un autre volcan : l’Iztaccihuatl, encore appelé « Izta » et 3e sommet du Mexique. Et cette fois, nous espérons passer la barre des 5000m d’altitude! 5230m en fait.20 min après être partis vers le volcan, nous recevons un message de Paul et Kelly : ils sont en route pour Toluca afin de nous voir! Les convaincre de nous rejoindre est très facile, ils sont autant emballés que nous par le projet. En fait le plus dur est de traverser Mexico City (une horreur!!), et nous voilà à Amecameca, la ville de départ du treck, à essayer de lancer des boules de feu avec les mains (aaaamééécaaaamécaaaaaa… ok je sors).Deux jours et trois nuit pour s’habituer a l’altitude et faire l’aller retour au sommet. Nous n’avions jamais expérimenté le mal de l’altitude, c’est surprenant. Mettre un pied devant l’autre devient exténuant, nous avançons au ralenti sur un chemin parfois très simple. Et pourtant nous ne sommes « qu’à 5000m ». On se demande comment font ceux qui vont encore plus haut!En tout cas, les paysages sont lunaires, minéraux, splendides. Le sommet est tellement déneigé que nous y allons sans crampons et le chemin tellement évident que nous y allons sans guide. Cerise sur la randonnée, pendant la route retour, Popocatepetl, le volcan voisin, second sommet du Mexique et plutôt actif, nous gratifie d’une explosion de 5000m de haut (en plus de ses 5000m à lui) dont les journaux locaux parleront le lendemain. C’est à la fois déprimant pour les retombées de cendres sur Puebla et majestueux avec cette immense colonne de fumée qui monte à toute allure. Nous sommes comblés par cette petite expédition.Guillermo, notre hôte, enseigne l’anglais à la fac. Sa femme Janelle l’enseigne également mais dans l’école primaire bilingue où vont leurs enfants. Quand ils ont compris que notre colis prenait son temps pour arriver, ils nous ont demandé de faire une intervention dans leurs structures respectives. Ainsi nous sommes allés raconter nos aventures à des étudiants ainsi qu’à des écoliers.

Semer les graines de la liberté dans l’esprit des gens nous plaît beaucoup, mais quelque-chose plaît encore plus à Amelie, c’est de souffler le vent de l’émancipation à l’oreille des jeunes filles venues rêver. Qui sait, peut-être ces petites graines que nous essayons de semer germeront un jour comme ça a été le cas pour nous après avoir rencontré d’autres passionnés de voyages lents..

3 thoughts on “On change doucement de rythme…”

  1. Semez semez les p’tites graines de la liberté ! Et continuez de nous régaler avec vos splendides photos et les récits de vos coups de chance monumentaux ! La bonne étoile est avec vous. 🙂

  2. Petite séance de lecture à deux, par un joli après-midi de soleil. Il fait très froid dehors pour vraiment apprécier les rayons du sieur soleil, alors nous goûtons la chaleur de vos récits, autour d’un pain gourmand façonné par les mains d’Eva.
    Continuez bien à explorer les ailleurs et les intérieurs, joyeux Hermès que vous êtes.
    La bise des autochtones de la rue Princesse,
    Eva & Seb

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