Nous sortons du Guatemala comme on sort d’un bar de nuit. Heureux de la fête, plein de joie, et une fois dehors, on se rend compte qu’il y avait quand même beaucoup de monde et nos oreilles bourdonnent encore du volume sonore.

Les montagnes abruptes du Guatemala sont derrière nous!

Plus de barrières au Mexique! Enfin, moins. Nous retrouvons la joie des campements sauvages sur des paysages ouverts et magnifiques.

Second campement au Chiapas, on se sent bienvenu ici

Vaccinés (temporairement) par les montagnes précédentes, nous prenons l’option « plaine » pour les prochaines étapes. Nous louperons San Cristobal de las casas que tous les voyageurs nous vantent. Les locaux aussi d’ailleurs. Mais on voit bien que ce ne sont pas eux qui grimpent les 2500m de dénivelé positif pour aller là-haut !! Ou alors ils sont motivés, ce qui nous fait un peu défaut à ce moment.

La plaine donc, mais par les petits chemins, sinon c’est trop facile! Quel plaisir d’être au pied des montagnes, de les voir défiler sans avoir à les grimper. De traverser ces villages un peu poussiéreux où le temps semble s’être arrêté, où le seul bruit que l’on entend sont les couinements provenant de la machine à faire les tortillas de maïs et où roulent de vieilles coccinelles que l’on verra par dizaines dans cet ancien pays producteur de la fameuse voiture insecte.

La plaine, c’est bien, mais par les petits chemins, c’est mieux
Nous découvrons le monde des cowboys au Chiapas que l’on verra partout ensuite

Nous avons aussi une excellente raison de rester dans la plaine : les cascades del Chiflon y coulent et elles nous ont été fortement recommandées.

Moyennant le coût d’entrée du parc, nous profitons d’un vrai petit camping le long d’une rivière cristalline telle qu’on n’en a plus vue depuis longtemps. A notre réveil, l’envie de remonter le courant à pied pour voir les chutes est plus grande que celle de reprendre le vélo. Quelle belle idée! Les chutes sont majestueuses et on en profite pour se rafraîchir avant de reprendre la route bien caliente.

La splendide cascade Velo de la novia, non pas la bicyclette mais bien le voile de la mariée, et elle porte bien son nom
Joli cadre pour se rafraîchir avant la route

A Tuxtla, capitale du Chiapas, nous découvrons une ville mexicaine dont la vie quotidienne se fait à l’extérieur. Il fait trop chaud pour nous et c’est la saison la plus fraîche de l’année!

Installés dans une auberge « très centrale » (malin, c’est son nom), nous resentons un séisme de magnitude 6.5 depuis le 3e étage du bâtiment.

Il nous faut quelques secondes pour comprendre que le tremblement que nous ressentons n’est pas dû au café mais bien au sol qui vibre fortement sous nos pieds. Lors de l’évacuation, nous discutons avec les habitants qui ont gagné la rue comme nous mais semblent beaucoup plus choqués : le souvenir des 2 terribles tremblements de terre qui ont secoué le pays en septembre 2017 et fait de nombreux morts est encore frais. Chacun a une histoire d’amis ou parents ayant perdu leur maison, récupéré leurs enfants traumatisés dans des écoles mal adaptées… pour celui ci, plus de peur que de mal bien que l’épicentre se trouve au Chiapas. Nous aurons malheureusement tout loisir de découvrir par la suite les traces tant physiques que morales de ce double traumatisme national.

En cherchant des boulons de garde boue, rien de bien important, nous tombons par hasard sur la « casa ciclista ». Un lieu d’accueil pour cyclistes qu’une bande de jeunes vététistes brasseurs de bière essaye de mettre en place. Il n’y ni eau courante ni fenêtres pour s’isoler du bruit de la rue. C’est plus un squatt pour le moment mais une fois la tente montée on s’y sent comme des rois. On y croise ce que peut-être nous ne mettons pas assez dans notre voyage : un réseau de cyclistes, des gens qui parlent de vélo, organisent la vélorution chez eux (et ça marche très fort!), d’autres voyageurs aussi.

L’immense canyon del Sumidero, 26km de montée depuis Tuxtla

Nous arrivons près de la Panaméricaine, un réseau mythique de routes allant de l’Alaska à la Patagonie, assez fréquentée par les cyclo-randonneurs, et l’on sait que certains passent par le Chiapas. Ce n’est pas la bonne saison pour ceux qui font la traversée du continent mais, en deux jours, deux cyclistes passent par ce lieu. Giuseppe, un italien qui, après 8 ans aux USA a décidé de rentrer chez lui à vélo, tranquillement. Il compte traverser l’Atlantique en bateau également, peut être passer en Afrique, mais comme il dit, il a le temps de voir venir. Puis Abril, une mexicaine de Oaxaca qui, après 10 années de travail en ONG en Afrique de l’Est, est partie de chez elle à velo pour traverser le continent et agir pour l’émancipation des femmes dans les villages qu’elle traverse… avec son jeune chien, une grand dalmatien qui se laisse tracter peinard en cariole. Autant dire qu’elle force notre respect pour son action et sa motivation mais qu’elle avance difficilement.

On nous donne le contact what’s app d’un « groupe de soutien » en cas de besoin. Après un horrible fait divers il y a bientôt 2 ans (deux cyclotouristes européens retrouvés assassinés au Chiapas) un réseau dense s’est créé pour faire attention aux voyageurs, locaux et étrangers, à vélo comme à moto. Ça rassure, mais c’est un peu trop pour nous. Nous avons adoré rencontrer Giuseppe et Abril et rouler avec eux nous aurait fait plaisir mais ils vont dans l’autre sens. Entrer en relation avec des gens par messagerie interposée, faire des détours pour passer une seule nuit à rencontrer des gens nous emballe beaucoup moins.Nous l’avons mesuré dans le précédent voyage, c’est moins la rencontre et les habituelles questions qui vont avec que les moments partagés qui nous plaisent. Nous nous éloignons donc vite du groupe what’s app qui en plus nous noyait de messages. Ça n’apporte pas grand chose à notre façon de voyager et nous ne nous sentons aucunement en danger. Sur le chemin, les gens que nous croisons sont tous d’une grande gentillesse.

On a finalement préféré les champs de manguiers au détour sur la grosse route pour se faire héberge
Les mangues depuis la tente, c’est pas mal non plus

Depuis notre entrée au Mexique c’est une constante. Tous les jours, quelqu’un vient nous parler. Pas pour nous poser les questions de base uniquement. Ce n’est pas juste de la politesse. Les vendeuses des « tiendas » (magasins) engagent la discussion et bientôt c’est toute la famille qui écoute. Un pick-up nous arrête au bord de la route et nous offre une énorme noix de coco verte à chacun pour nous désaltérer tout en nous faisant la discussion. Cet épisode se terminera par une invitation avec la formule « mi casa es tu casa » qui nous fait bien plaisir. La fenêtre d’une voiture s’ouvre à un feu rouge, une femme nous tend une bouteille d’eau fraîche qu’elle a achetée au feu précédent après nous avoir vu suant sur nos vélos. Un enfant de 8 ans est venu spontanément parler avec nous pendant un pic-nic. Des pêcheurs, deux jours de suite le long de la lagune, nous racontent leurs difficile métier dans une eau en souffrance. Le propriétaire du champ dans lequel nous avions plantés la tente, qui nous dit que nous avons choisi une bonne place pour dormir. Le fabriquant de mezcal qui nous montre son installation et nous explique le processus de traitement de l’agave avant de nous proposer une pause chez lui. Etc.

Campement dans un immense champ bordé par les montagnes d’un côté, la mer de l’autre, et dans le ciel, le rougeoiement du coucher de soleil

Traversant la région qui a le plus souffert du séisme de 2017, nous nous ferons expliquer par deux fois comment le pays a été dévasté, les habitants traumatisés. La première fois, nous écoutons le drame. La seconde fois, nous avons des questions mais nous sentons bien que l’émotion est un peu trop forte pour notre interlocuteur, même 1 an et demi après. A présent nous n’abordons plus le sujet. Ici, tout le monde a souffert et chacun a du reconstruire un bout de sa maison voir la maison complète. Et quand on voit des travaux en cours ou fraîchement finis, on s’abstient soigneusement de commenter. Partout des tas de sables, de parpaings, de fers à béton sont là pour rappeler le séisme.

Une église parmi d’autres bâtiments qui présente les traces du séisme de 2017

Dans les rencontres que nous faisons, la discussion commence toujours par les mêmes questions. D’où venez vous? Ou allez vous? Combien de temps? Etc. C’est toujours un moment peu plaisant pour nous et à la première occasion nous inversons la discussion en posant a notre tour des questions. Pourtant cette phase a une utilité, celle d’apprendre à Kris a parler espagnol. Au début, Amélie répondait. Puis Kris s’est mis à comprendre ce qui se disait (normal, il connaissait les réponses aux questions avant qu’elles ne soient posées!) Et doucement c’est lui qui s’est mis à répondre aux premières questions. Maintenant il est capable d’expliquer notre aventure et la personne qui a posé la question ne saigne presque plus des oreilles a la fin des réponses. A ce moment là, Amélie arrive à la rescousse dévoile son espagnol fluide et, soulagé, la personne se tourne vers elle et dit « il ne comprend pas l’espagnol en fait? »…

Kris sait même commander du pozol tout seul, sa bpisson préféré avec de la farine de maïs et du chocolat

Nous sortons du Chiapas doucement. Le Mexique est vraiment grand et nous avions du mal à en prendre la mesure. Là, on le mesure bien, ça va! Kilomètre après kilomètre, nous entamons l’Etat d’Oaxaca. Seuls points à mettre dans les négatifs ce sont ces déchets plastique le long des routes. Une horreur! Tout le monde jette ses bouteilles en plastique sous prétexte que tout le monde le fait et au final c’est immonde. Sans parler des décharges sauvages à la sortie de chaque village. 2km avant d’y arriver, ça ne loupe pas : odeur de cadavres et de putréfaction, sacs plastique accrochés partout dans les herbes hautes, une déchetterie à ciel ouvert, dans le bas côté. On ne sait pas qui blâmer. Les gens qui, n’ayant pas accès aux structures de gestion des déchets ont balancé ça là, le pays qui ne se donne pas la peine de mettre en place lesdites structures, ou le fabriquant de bouteilles (à vue de nez la Coca Cola Company y est pour 50% des bouteilles jetées) qui considère que ce n’est pas son problème alors qu’il existe des solutions à son niveau aussi. En attendant, nous maudissons les trois.

Un autre point noir, mais là, on n’y peut pas grand chose, c’est le soleil! Il fait chaud, mais chaud! Nous grillons comme les petits poulets braises qui se vendent un peu partout… Nous sommes le 10 février, il n’a pas plu depuis le 7 octobre! Tout est jauni, sec, asséché, désseché.

Sec sec sec au Chiapas
Humide humide humide au Chiapas
Sec sec sec à Oaxaca aussi…

Nous essayons vainement d’imaginer les paysages que nous croisons plus verdoyants et quand nous en parlons avec les passants, ils nous disent qu’actuellement il fait sec, mais il fait frais. La saison chaude arrive… Nous ne savons plus ce que nous préférerions. Comment ces gens peuvent ils survivre à encore plus de chaleur? Nous sommes déjà liquéfiés. Bon, après, ce n’est pas comme si nous avions le choix. Nous traversons le Mexique en « hiver/saison sèche », c’est ainsi.

Nous remontons dans les montagnes pour chercher la fraîcheur. Et puis c’est ce que l’on aime comme paysage. Là où la vue porte loin. Les montées de la région Oaxaca ont en plus la sympathie d’être peu abrupte (pour le moment!) Ça se monte facilement et ça se descend tout aussi bien, un vrai plaisir.

Tant mieux d’ailleurs car nous sommes dans ce pays pour encore de nombreuses semaines!

Sur le plateau de la capitale Oaxaca, nous envisageons un peu de tourisme classique. Le site de « Hierve del agua » représente un détour de seulement 14km aller. Pas grand chose pour un site aussi beau, Allons-y Johnny!

La bonne blague… sur les 14km, 9 sont en montée, et pas des moindres! 10% en moyenne sur de la piste de cailloux. Et ça redescend pareil juste derrière. Ce qui fait que les 28km de tourisme tournent vite à l’épuisement physique alors que nous étions déjà bien avancés dans la fatigue. Nous marchons tous deux comme de vieux cowboys quand nous arrivons au campement le soir de notre escapade. Nous n’avons pas été bien malins à trimballer nos sacoches sur ce trajet bien raide. N’empêche, le détour valait le coup!

Par ailleurs, deux choses remarquables nous arrivent. Nous avions posé notre campement la veille du détour à côté du cimetière. Une cérémonie y démarre pendant que nous grignottons des totopos (chips de tortillas de maïs, une drogue) et nous sommes bien vite repérés par les enfants. Alors que les chants religieux se tarrissent, des chapeaux typiques du Mexique s’approchent du muret du cimetière. En fait ce dernier est surélevé et tout le monde peut nous voir. Nous nous faisons héler par la personne en deuil. Il célèbre les 40 jours de la mise en terre de sa mère et veut partager cela avec nous ainsi que sa bouteille de mezcal. Il y a là la moitié du village qui nous dévisage. L’échange que nous aurons ce soir là avec ce père et ses fils fut poignant. Un des fils voulait partir avec nous dès le lendemain, nous sommes bien déçus de ne pas le croiser au petit matin lorsque nous attaquons la piste, il devait déjà savoir que ça allait être terrible.

Le second événement fut la réapparition d’une famille de voyageurs que nous avions croisée une demi-heure à Tuxtla 10 jours plus tôt. 3 têtes blondes et un couple super gentils. Ils nous appellent les mangeurs de tortillas! Les revoir nous fait grand plaisir et nous discutons tout l’après-midi. Ils nous prennent pour des fous alors qu’ils font le tour du monde avec 3 enfants! Alors on se raconte nos histoires pour voir qui d’eux ou nous sont les plus maso. 4 bières plus tard, le courant passe suffisamment bien pour que nous les retrouvions encore une soirée à Oaxaca. Quel bonheur d’avoir rendez-vous avec des copains pour aller boire des coups, pour un peu on se sentirait à la maison!

En quittant la côte Pacifique et ses champs de manguiers, nous avons traversé des champs d’agave à perte de vue. Ici on dit maguey et cela sert à produire le Mezcal, cet alcool qui nous faisait déjà envie depuis la France. Notre première tentative est un échec, nous avons acheté de l’alcool modifié ni plus ni moins. Mais à Santiago Matitlan nous sommes dans la « capitale mondiale du Mezcal » et découvrons un alcool au goût très raffiné. C’est la seconde fois qu’on nous explique le processus de production et on se demande qui a bien pu imaginer ça! Mais le résultat est fameux et on se passionne pour le Mezcal de tepestate, un agave sylvestre qui pousse en altitude et dont le goût diffère du Mezcal plus commun de tapadin, l’agave cultivé dans les champs.

Champ d’agaves face aux montagne près de Santiago Matitlan

Malgré ce petit remontant, nous arrivons à Oaxaca physiquement éprouvés, avec 3 trous dans la tente, au moins 1 dans le matelas de kris, et une fuite dans chaque pneu d’Amélie. Il était grand temps de s’arrêter quelque part pour récupérer. Oaxaca est une belle ville touristique où il fait bon vivre. Nous y rechargeons nos batteries. Arrêt à durée indéterminée.

3 thoughts on “Mexi-iiiiiiiiii-iicooooo”

  1. WAHOU!Merci les copains de partager tout ça….je vous envoie un « ferme les yeux »; tu entends les rires de Chacha et d’Oona, on fait une queue leu leu, il y a le bruit d’un plateau de jeu qui s’ouvre sur la table, les bières qu’on ouvre, les confidences qu’on se fait avant de se taire pour jouer, l’odeur de la tisane qui chasse celle des frites….Je vous embrasse bien fort et Kriss, tranquille sur les pédales…t’as déjà des poils!

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