Demain nous serons au Mexique à nouveau. Entendons par là que nous quittons le Guatemala.

La frontière entre le Guatemala et le Mexique

Nous revenons rarement dans les lieux que nous avons déjà visités, a fortiori quand c’est à l’autre bout du monde. Nous ne retrouverons surement plus tout ce que ce pays nous aura offert, ce fut varié et généreux.

En quittant Antigua et ses volcans, nous avons pris la route du lac Atitlan…Et ses volcans. Finalement, c’est la route qui nous a pris. Pris trois heures de plus que prévu, pris par la nuit, pris dans le dénivelé, pris du remord d’avoir trop flané le matin et repoussé une proposition très correcte d’hôtel. Pas de larmes ni de pleurs, mais presque. Nous sommes juste trop déshydratés.

Un dernier regard vers les volcans entourant Antigua

Au passage, si vous lisez ceci avant d’aller à Antigua, il y a le village de Jocotenango quelques km au nord où se trouvent des artisans du cuir qui font un travail splendide. Si nous n’étions pas limités par le volume de nos sacoches, Amélie aurait craqué pour un sac ou des chaussures faites main et avec talent!

De nuit, donc, nous prenons un hôtel qui nous promet une vue splendide sur le lac au matin. Vu le prix qu’il demande, heureusement que la vue est au rendez-vous! Parce que quand il promet de l’eau chaude, on n’y est pas du tout, mais ça ne nous surprend plus. Et pourtant, on en aurait serieusement envie d’une bonne douche chaude! Il nous donne aussi une foule de détails sur le lac et le chemin qui nous attend par la suite. Gros gros dénivelés au programme. Tiens, on avait cru comprendre… damned.

Effectivement, une bien belle vue sur le Lac Atitlan depuis la chambre, et une petite mine du matin 😉

Finalement, au réveil, face au lac, nous tranchons. Nous ne descenderons pas au lac. Nous ne souhaitons plus être dans des auberges de jeunesse à suivre un circuit touristique pré-écrit. Les blogs en ligne classent les villages autour du lac du plus au moins touristique, mais peu de chance de retrouver la simplicité des villages de montagne. Et puis vous verriez la montée qui se profile depuis le balcon de notre chambre! Descendre volontairement ce qui reste de dénivelé juste pour voir un lac très joli de loin et tout remonter de notre plein gré -même dans trois jours- ne nous emballe plus guère, surtout quand on sait ce qui nous attend derrière.

C’est souvent à l’aurore que l’on perçoit le plus la fumée dans l’air, ici devant le Lac Atitlan

Ce lac n’est pas le plus beau du monde comme le disent certaines brochures. Sûrement, quand les coteaux sont verts et que les champs alentours ne brûlent pas leurs déchets pour pouvoir refertiliser la terre (la culture sur brûlis est majoritaire en altitude), c’est plus attirant. Mais, au petit matin, l’air est saturé de fumée et ça ne nous motive plus assez. La vue de la terrasse nous suffit amplement.

Un dernier regard vers les volcans du lac Atitlan alors qu’on se dirige déjà vers le Nord… enfin!

Nous partons vers le Nord. A présent ce sera majoritairement notre cap. Nous entrons de nouveau en pays Maya. Pas la zone où il y a des pyramides et des temples, non. Celle ou les gens parlent le dialecte, pratiquent un culte synchrétique (catholicisme emprunt de rituels) et s’habillent selon la culture Maya telle qu’elle a été héritée et se vit au présent. Nous pensions en avoir eu un bon aperçu avant d’arriver à Antigua. Nous étions loin du compte!

Rituel nocturne devant l’église de Chichicastenango

Déjà nous n’avions que peu entendu parler dans les langues mayas jusque là (principalement le k’iche’ et le q’eqchi’ mais aussi le mam, tzotsil…). Ce qu’on entend est très saccadé, haché entre chaque mot laissant sonner les k‘ et les x‘ donnant l’impression que ça manquerait de voyelles. Les vendeurs de remèdes médicinaux traduisent d’un dialecte maya au castillan leur litanie de promotion et on entend bien que ces langues n’ont aucune racine commune avec l’Espagnol qui nous paraît si transparent à côté.

On croise beaucoup de tisseuses le long de la route avec ces énormes métiers à tisser accrochés à un bout d’arbre, un mur…

Le marché, le lieu où l’on croise le plus de femmes Mayas, ici produisant les tortillas hechas a mano, achetant des légumes, buvant du chocolat…

Sur la route, nous découvrons les traces que la longue guerre civile a laissées sur ce peuple. Par exemple, ils semblent n’avoir aucune confiance dans la police, il est clairement indiqué qu’ils se font justice eux-même et l’on trouve des petits panneaux montrant explicitement les punitions encourues. À Chichitenango, nous admirons les fresques murales quand ça nous saute aux yeux : l’une d’elle montre les hélicoptères de l’armée bombardant les villages, un militaire exécutant un civil attaché à une croix… Et même si les chiffres ne parlent jamais en ces circonstances, 100 000 personnes (le double selon d’autres sources) ont été tuées durant la guerre civile qui a fini en 1996. 93% de ces crimes commis par des troupes gouvernementales sur des populations autochtones… On ne mesurait pas encore l’ampleur du traumatisme mais on en resent l’empreinte, et pourtant, la guerre est loin derrière.

Un mural à Chichicastenango, grande fresque dédiée aux victimes de la guerre civile et plutôt explicite sur le sort des Mayas pendant le conflit

Le manque de confiance et le sentilent d’insécurité ne sont pas l’apanage des Mayas. Sur une piste qui traverse de nombreux petits villages assez déshérités, nous croisons un bus de touristes encadré par deux voitures de militaires en armes. Des militaires avec des armes automatiques classées « armes de guerre »… L’image même de ce convoi nous choque. Et le contrast avec la gentillesse des sourires et des « buenas taaardes » que nous recevons est brutal. Nous nous posons la question tout de même de savoir s’il est raisonnable d’être a vélo si les touristes sont protégés par des hommes armés. Puis nous continuons à répondre aux sourires, aux sifflements (qui sont une salutation par ici, il suffit de le savoir), aux préoccupations quant à notre chemin.

Nous entendons les craintes, notamment tournées vers les gangs qui organisent le narcotrafic, le racket et la traite de personnes. Mais nous ne voyons rien. Pour nous, ce qui craint, ce sont les pentes! Elles sont raides! Mais raides!

On voit jamais quand ça monte en photo, mais le relief parle de lui-même, et les routes n’évitent pas tant le dénivelé ici…

À nouveau pris par la nuit dans des côtes à 12% après nous êtres égarés sur une piste cabossée, nous devons notre salut ce jour-ci a un camion qui, nous voyant en grande difficulté (et un peu en péril disons-le, c’est pas terrible de zigzaguer dans la montée d’une route de montagne dans le noir) s’est arrêté en pleine côte pour que l’on s’accroche à lui. Méprisant les klaxon des autres voitures, il nous a tracté avec grand soin jusqu’au sommet. Les larmes de gratitude et soulagement ne sont pas loin. Merci à lui!

A Chichicastenango, nous découvrons un marché d’artisanat et ainsi l’ampleur et la diversité des Mayas. Si il y a un style et des couleurs par communauté, alors il y a vraiment beaucoup de communautés! Nous y passons la journée et regrettons à nouveau d’être à vélo et de ne pas pouvoir (ni vouloir, vu nos étapes) transporter un de ces magnifiques tissus.

Par contre, ce que l’on peut faire c’est dévaliser les stands de nourriture! « Des frites! Ils ont des frites! » Bin oui patate, la pomme de terre ça vient d’ici en fait. Les Belges n’ont pas Le monopole de la bonne frite et celles d’ici n’ont rien à envier à celles du Nord. Ni à la friterie à l’ancienne de Lambersart, ni à la place Flagey (fournisseur officiel royal). Et puis il y a plein d’autres trucs fort bons, de viandes cuites à l’ananas, de galettes de maïs fourrées au fromage, de bananes plantains frites, d’avocats tellement crémeux qu’ils se suffisent à eux-mêmes en guacamole, d’ananas juteux, de mangues comme nulle part ailleurs… Le pays du « printemps éternel » gâte nos papilles. Chaque altitude créant un climat différent, cela permet de trouver une très large variété de fruits et légumes frais partout à des prix presque dérisoires. Nous adorons les tropiques plus pour les fruits que pour les plages en fait!

Passion marché, quand tu nous tiens!

Lorsque nous faisons les marchés avec nos têtes de touristes et notre fort pouvoir d’achat, on se fait bien vite remarquer. La mangue varie de 2 à 5 Quetzales, il en va de même pour les avocats, pour tout en fait. Nous prenons le parti de ne pas négocier. Déjà on n’aime pas ça, ensuite on ne sait pas le faire (sûrement pour ça que l’on n’aime pas) et puis 1 quetzal c’est moins de 20 cents. Pour nous, des fruits de cette qualité là, c’est 10 fois le prix. En parallèle, on a perdu un porte monnaie qui contient 50 fois la somme négociable au marché, on va se faire taxer en dizaines de dollars à la sortie du pays tant par le passage de frontière que par le jeu de change de monnaie… alors quand on voit que la vendeuse abuse, on change de boutique ou on ne se resert pas au même endroit (parce que c’est presque un rituel pour nous de nous resservir au même endroit), mais négocier sur des fruits et légumes, dans nos vêtements de marque, on ne le sent vraiment pas.

L’habitat ici est en parpaings. Il y a encore quelques maisons en briques de terre crue, mais le béton a tout supplanté. Comme il ne fait jamais froid, une simple paroie de parpaings sous un toit de tôle est suffisant. Pas d’isolation, pas d’étanchéité au vent. La plupart du temps c’est construit par la famille qui vit dedans. Les villes sont faites de bric et de broc avec des fers a bétons qui dépassent de partout, ici un escalier au dessus de rien, là une passerelle sans garde corps. Tout va bien. En attendant, Kris prend des notes sur les étapes de constructions d’une maison. Toutes les bases sont là, à nu. Il imagine comment construire un chez-nous, en bois, en brique, en paille, un jour, dans un futur encore flou. Quelle belle antagonie de se promener en tente, à vélo, tout en imaginant sa maison. Nos rêves ne sont pas tous itinérants!

Terrasse improvisée avec fils de fer et bambous au dessus de notre hôtel à Chichicastenango, en fond, le cimetière ultra coloré

Être touriste est facile au Guatemala. Et le pays nous gâte de ses couleurs, de ses goûts et de la gentillesse de ses habitants. Mais, avant de fermer ce chapitre, il nous semble qu’il faille aussi raconter les aspects plus sombres de ce pays.

A vélo, on se rend compte de l’état du parc automobile. Quand en France on fait passer un contrôle technique, ici on récupère ceux qui ne le passent plus et on les usent jusqu’à un point inimaginable. Les camions font un bruit de dingue et tous les véhicules crachent une fumée dégueulasse, surtout en côte, quand il faut faire une reprise à cause de deux cyclistes qui respirent à pleins poumons…

Les déchets plastique sont omniprésents. C’est une horreur. Tout est mis sous sachet, même les traditionnels tamales enveloppés dans des feuilles de bananier sont glissés dans des sacs plastiques. Or rien n’est fait pour les récupérer. Il n’y a pas de poubelles de toutes façons, et les déchets s’accumulent le long des routes, bouteilles de coca en tête. La sortie des villages est souvent assez ignoble, tant visuellement qu’olfactivement. Et nombreux sont ceux qui brûlent ces amas de plastique à défaut d’autres solutions, ajoutant aux autres pollutions celle de l’air. Quant à l’eau, le Guatemala est le premier pays que nous traversons où nous n’essayons même plus de filtrer l’eau des rivières. Quand elle semble propre, même filtrée, elle sent encore le savon ou la lessive de ceux qui n’ont pas l’eau courante dans les montagnes. Et quand elle est sale… Le simple fait de mettre le pied dedans pour traverser un filet d’eau noire nous dégoûte. C’est vraiment une expérience difficile de voir de tels endroits splendides irrémédiablement souillés. Et en même temps, nous avons conscience que les populations locales n’ont pas le choix, aucune solution ne semble apporter par les gouvernants ici.

Finalement, l’expérience la plus dure que l’on fasse au Guatemala est celle des immenses inégalités au sein du pays. Entre villes et campagnes, entre communautés comme bien souvent. Mais le degré de pauvreté que l’on croise est effarant, aux côtés d’une richesse très assumée. La réforme agraire des années 50 (à l’origine du coup d’État fomenté par les États Unis pour protéger les intérêts de la United Fruit Compagny et des 30 ans de guerre civile – si ça vous intéresse on vous recommande de vous pencher sur ce sujet c’est dingue), n’a jamais vu le jour. Les paysans possèdent rarement la terre sur laquelle ils travaillent, et l’argent des exportations agricoles finit dans la poche de très grand propriétaires terriens qui ne vivent parfois pas même dans le pays… Tout cela nous fait beaucoup réfléchir, et à vélo, on a du temps pour penser, surtout quand ça grimpe!!

Allez, on va se trouver un dernier campement face aux formidables montagnes Guatémaltèques que nous quittons et dévaler les derniers kilomètres de ce pays qui nous a épuisé et ravi.

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