Un hors-série pour raconter autre chose que ce qui nous arrive au quotidien. Mois après mois, pays après pays, des idées reviennent, des routines, des « déjà vu »; comment nous gérons les maladies, la fatigue, les rencontres… voici quelques anecdotes.

Pousser-pousser… Ou pas!

Kris aime bien pédaler. C’est comme ça. Déjà il mouline beaucoup, ça fait moins d’énergie à fournir à chaque poussée, ça répartit mieux l’effort même si c’est plus de coups de pédales. De temps en temps, il attend Amélie pour éviter de mettre trop de distance entre eux.

– » ça va? Demande Kris.

– oui mais pourquoi tu pousse autant? Le bitume est horrible, on dirait qu’il colle aux pneus.

– c’est sûr! Mais du coup, comme c’est chiant, je roule plus vite, comme ça c’est plus vite fini! »

Une autre fois.

– » ça va?

– oui mais pourquoi tu roule comme un fou? Avec toutes ces pierres sur le chemin ça secoue beaucoup!

– c’est sûr! Mais en allant un peu vite, on a pas le temps de tomber au fond des trous et on saute de bosse en bosse comme au Paris-Roubaix! »

Une autre fois.

– » ça va?

– oui mais pourquoi tu roules si vite j’arrive pas à suivre!

– ah bon? Mais la route est tellement lisse que j’en profite pour aller un peu vite, ça fait plaisir! »

Quel que soit le terrain, finalement, il y a toujours une bonne raison de pousser sur les pédales. C’est un réflexe venus de plusieurs années de vélo de course sur les routes du Nord. Heureusement qu’Amelie est là pour rappeler que le paysage change et qu’il serait peut être judicieux de relever le nez du guidon pour en profiter. Une pause pour profiter de l’ombre, une autre pour prendre une photo et encore une pause pour faire une pause. Nous passons tellement d’heures sur nos selles, que si nous ne prenions pas le temps de savourer ce que nous traversons, il serait tentant de céder aux appels des chicken bus qui nous doublent en trombe, le contrôleur nous hurlant leur destination.

La situation s’équilibre quand on trouve du café, du bon. Donnez 2 tasses d’expresso à Amélie et elle vois grimpe un col en deux-deux.

Une autre différence dans la façon de pédaler est là façon d’aborder les côtes. Amélie se dit « allez, je vais jusqu’à l’ombre de l’arbre et je peux souffler » ou « Bon, si la côte grimpe toujours à 43,5km, je fais une pause. Et elle essaie de ne pas trop regarder le compteur en attendant un chiffre rond ».

Kris est un peu moins subtile dans la manoeuvre : « Tant que ça monte, je pousse!! » Puis il débranche son cerveau et pousse jusqu’à épuisement.

Les deux méthodes fonctionnent mais dans la durée, c’est Amélie qui gagne. A force d’épuisement et -avouons le- de négligences culinaire à manger des légumes non pelés, boire l’eau du robinet et de la glace pilée les jours de grosse chaleur, Kris cède en premier à la tourista et nous voilà immobilisés 2 ou 3 jours minimum au milieu de nulle part à découvrir une petite ville dont personne n’a jamais entendu parler. Kris cloué au lit et Amélie faisant l’infirmière.

C’est aussi une façon de se forcer à faire des arrêts et, malgré la maladie, souvent nous avons de bonnes surprises. Une immense monastère tibétain, un bord de mer en Thaïlande une bourgade guatémaltèque sans tourisme et pleine de vie… quel dommage de devoir en arriver à cette extrémité pour apprécier l’immobilisme finalement.

La vitesse du temps

Il y a 6 semaines, nous terminions une transatlantique. Il y a 20 jours, nous nagions autour d’une barrière de corail, il y a 8 jours, nous decouvrions des gorges dans lesquelles ou pourrait ouvrir un gîte de grimpeurs incroyable. Tout cela nous paraît déjà très loin, c’est fou comme le temps conscience grandit en voyage. Il se dilate, s’expanse jusqu’à donner l’impression que les jours contiennent des semaines entières.

La transat nous paraît tellement loin! Il y a eu tellement d’émotions depuis notre arrivée au port, que la mémoire l’a déjà rangée dans celles passées. La decouverte permanente, ne pas savoir le matin où l’on va dormir le soir. Vivre au jour-le-jour dans un environnement nouveau met nos cerveaux en ébullition et, avec le corps fatigué par le vélo, chaque nouvelle sollicitation prend de l’importance. C’est la joie de voyager : être toujours en découverte du lieu, des gens, du paysage dans lequel on se trouve et ne pas connaître celui où l’on va. Improviser tout le temps.

Alors forcément nous remplissons notre mémoire avec intensité et quand nous regardons en arrière, il s’est déjà passé énormément de choses en si peu de temps. Ça ne fait que commencer, dans quelques jours nous grimperons un volcan en activité!

Un petit plaisir inattendu vient s’ajouter de temps en temps. Sans prévenir, sous l’impulsion d’une situation, d’un paysage, d’un ressenti, nos cerveaux nous relâchent le souvenir enfoui d’un moment parfois très anodin de nos précédentes pérégrinations. Il y a dans ce plaisir une détente double, celle de pouvoir se tourner vers l’autre et lui demander « Tu te souviens? ». Partager ces souvenirs, c’est un des atouts de voyager à deux.

Nous devenons assez sauvageons des fois. Nous traversons les villes et villages mais on s’y arrête le moins possible pour dormir. On aurait l’impression de s’y enliser. On se contente de dévaliser les marchés sur nos passages, goûter tout ce que l’on peut et aller planter notre tente où, généralement, on dort mieux que dans la plupart des hôtels que l’on s’offre. Et puis quitte à se laver sans eau chaude (en dessous des tropiques c’est assez rare un hôtel avec eau chaude) autant que ce soit un cours d’eau, ou mieux, une cascade, qui fasse office. Et encore une fois, pour ceux qui pensent cela dangereux ou risqué, vous n’imaginez pas la gentillesse des gens hors des villes. Au pire ils nous voient et c’est tout, au mieux ils nous invitent chez eux. Il y a quelques règles simples à respecter pour ne pas planter n’importe où, c’est sûr. De toutes part, les habitants nous préviennent avec la plus grande sympathie que c’est chez les autres que c’est dangereux. Alors nous allons prudemment voir « les autres » qui nous accueillent avec la plus grande sympathie parce que « chez eux », on est les bienvenus… C’est ainsi et tous ceux qui arpentent les routes connaissent bien ce refrain. L’immense majorité des gens ne veut que vivre en paix.

2 thoughts on “En couple à vélo”

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