Le Guatemala n’est pas un pays qui s’offre à nous immédiatement.

L’arrivée est rude. Ballottés dans une barque à moteur surchargée, il nous faut d’abord aller secourir l’autre barque tombée en panne au milieu du trajet. Rien de surprenant apparemment, seuls les quelques touristes font de drôles de têtes. Personne ne s’affole : un bateau à moteur en panne en pleine mer avec une trentaine de passagers et un peu moins de gilets de sauvetage? C’est ok. Débarqués sur le ponton privatif d’un commerce, nous poussons les vélos à travers la boutique sans contrôle de douane… Une fois dans la ruelle où on tombe nez à nez avec un gars armé d’un fusil à pompe, on nous tape sur l’épaule : « vous voulez un tampon? C’est à côté! ». En quelques secondes et une blagounette, Amélie obtient les tampons d’entrée sur nos 2 passeports. Pas très regardants les douaniers ici.

Une fois la corvée de monnaie locale, le quetzal, résolue, on se met en quête d’un hôtel. La ville ne fait pas rêver, on aurait bien tracé notre route mais il reste moins d’une heure de soleil. Ça klaxonne de partout, ça fait rugir un moteur en fin de vie dans de méchantes côtes, il n’y a bien-sûr pas vraiment de trottoirs. On trouve un hôtel un peu miteux construit en pente : l’eau stagne dans la douche froide et on a l’impression d’être saouls quand on se déplace dans la chambre. Qu’importe, pour notre première soirée Guatémaltèque nous nous ruons vers le marché. Et la magie opère : des empanadas (sortes de chaussons fourrés), deux jus de tamarin et un prêche en pleine rue plus tard, nous sommes ravis d’être ici. C’est dingue comme le fait de bien manger et d’assister au spectacle de la vie quotidienne d’un lieu plein d’une vie que l’on découvre peut nous rendre heureux.

La route, elle, nous déprime très vite. 80km d’une voie hyper fréquentée, notament par d’énormes double-remorques, et zéro option camping sauvage (tout est derrière des fils barbelés!) suffisent à refroidir nos ardeurs. Saurons-nous camper dans ce pays ? Trouverons-nous des routes moins fréquentées mais faisables à vélo?

Chouette petite cabane sur le Lac d’Izabal à Rio Dulce pour se remettre les idées en place

L’improbable hostel dans lequel on atterit à Rio Dulce est le refuge idéal pour se remettre les idées en place. Une cabane sur pilotis, construite de bric et de broc sur le lac d’Isabal, nous accueille. Au rez de chaussée, le rade où ont échoué de vieux américains depuis plusieurs années, à l’étage, un dortoir de lits simples sous moustiquaires, un balcon en bambou, un hamac : parfait. Guacamole sur la tortilla, on trouve une streetfood variée très bon marché au coin de la rue.

Chaque jour le soleil nous gâte avec de splendides couleurs sur le Lac, que l’on observe depuis le dortoir

Pour légitimer notre pause de 2 jours sur place, on fait du tourisme sur le lac jusqu’à Livingston, un hameau côtier accessible uniquement en bateau. Fort recommandé dans les guides pour la culture des Garifuñas qui n’existe nulle par ailleurs au Guatemala. On regrette vite! On s’ennuie et on a l’impression de claquer nos sous auprès des mauvaises personnes. Entre Caye Caulker et ici, on est vacciné. On chevauche nos montures sur une route cabossée dont on nous a dit le plus grand mal : à nous le Guatemala rural!

On n’a vraiment pas eu le coup de coeur pour Livingston, même si on y mange fort bien
En remontant le lac d’Isabal et le Río Dulce, on peut voir de jolies lagunes et un grand nombre d’oiseaux
Le fort de San Felipe à été bâti par les Espagnols pour protéger ce point névralgique entre Amérique centrale et Caraïbes

L’histoire se répète : à peine quittée la grande route, les surprises s’enchaînent. D’une succession de nids de poules sur une voie de gravier, nous passons à des plaques de béton très roulantes. À cette vitesse, nous arrivons tôt le matin à la Finca El Paraiso qui porte bien son nom. Une source d’eau chaude tombe en cascade dans un cours d’eau bien frais qui coule dans une vallée verdoyante. A la naissance de la source, on trouve de l’argile pour se faire des masques laissant la peau toute douce. Des concrétions se forment à la rencontre de l’eau fraîche calcaire et de l’eau chaude et donnent naissance à un reseau de grotte dans lesquelles on nage contre le courant. Les stations thermales n’ont rien inventé! Entre la magie du lieu et les chouettes rencontres qu’on y fait, on n’est pas loin de monter la tente pour la nuit. Certes le lieu n’est pas hyper propre tel qu’on nous l’avait annoncé. De nombreuses familles guatémaltèque entament le pique nique voire le barbecue et des déchets senvolent de-ci de-là. Mais au regard des bas-côtés de la route et des abords des ville et hameaux, il nous paraît très salubre.

La cascade d’eau chaude est accessible avec nos vélos, parfait!
On passe plusieurs heures à passer de grottes en grottes en jouant avec le courant. Celle-ci est tranquille e bien chaude
On n’a pas résisté quand on a trouvé l’argile au départ de la source… On a l’air bête mais la peau douce 🙂

A peine avons-nous quitté cette source chaude, le temps d’avaler 20km, que nous tombons sur les gorges del Boqueron. Nous n’étions pas sûr de vouloir nous arrêter dans ce petit lieu aménagé pour le tourisme local qui borde la rivière. Des tables, des poubelles, des sanitaires… une sorte de camping organisé serait mieux que pas de campement du tout alors nous négocions pour la nuit. Quelle riche idée! Kris flaire immédiatement le potentiel de ces superbes parois calcaires se jetant tout droit dans une rivière assez profonde pour faire du deep water soloing. Nos vélos ne sont pas posés qu’il est déjà dans l’eau bien fraîche, chaussons d’escalade aux pieds, parti conquérir 2-3 blocs surplombant sous l’oeil intrigué des locaux.

Mais ce n’est pas tout. Alors que la nuit tombe et la pluie avec, nous entendons un énorme bruit, comme une bande son trop forte qui voudrait imiter Jurassic Parc. Nous quittons notre tonnelle pour nous approcher de la forêt. On distingue bien mal mais les locaux nous confirment : nous entendons le chant des singes hurleurs dont un petit groupe juste au dessus de nos têtes répond à ses congénères de l’autre côté de la rivière. C’est impressionnant, nous n’avions pas même doute de leur presence avant de les entendre. Nous sommes sous le charme du lieu. Tant et si bien que le matin, au lieu de partir, nous remontons la rivière en barque puis à la nage pour découvrir et grimpouiller un peu plus ces splendides façades. Encore un de ces endroits où nous pourrions rester des heures, mais le froid de l’eau et la motivation d’avancer nous font reprendre la route. Sans quoi, nous y serions sûrement encore.

Gros coup de coeur pour les splendides gorges de El Boqueron que l’on remonte en barque au petit matin
Kris a vite fait de sentir le potentiel de ces gorges, il a raison : ça grimpe de partout et c’est magnifique !
Kris profite de la profondeur pour grimper un peu plus haut…

Nous traversons la charmante bourgade de El Estor, qui marque notre dernier contact avec le fleuve d’Isabal et, malheureusement, la belle route. Les plaques de béton bien lisse laissent place à une route de terre défoncée par les énormes camions de la mine de nickel qui surplombe la vallée. Qu’importe, nous la dépassons bien vite et continuons de monter : nous sommes enfin, et pour la première fois depuis le début de ce voyage, au pied des montagnes. Quelle n’est pas notre joie de voir se transformer le paysage si rapidement (enfin, toute proportion gardée, nous n’avancons pas bien vite).

Derniere vue sur le Lac d’Isabal depuis El Estor, dernière étape avant les montagnes…

Ce pouvoir incroyable qu’ont les montagnes d’offrir des paysages à perte de vue, de modifier les écosystèmes et microclimats de chaque vallée et de rendre heureux deux cyclistes qui se sentent pourtant surchargés sur une route si mauvaise et pentue.

Les jours qui suivent sont à la fois les plus beaux et les plus durs du voyage. Nous traversons des villages traditionnels qui se fondent dans leur environnement mais où des hordes d’enfants semblent autant attirés par la curiosité que par les Quetzales que nous pourrions leur donner.

Nous entrons dans les montagnes et les villages mayas de l’Alta Verapaz
Nous passons de nombreuses paillotes mayas face aux montagnes de l’Alta Verapaz
Splendide Marché plein de couleurs à Rabinal, Baja Verapaz, Guatemala

Les paysages sont splendides mais sont très chèrement obtenus : le compteur altimetrique ne fonctionne plus à cause de l’humidité ambiante mais celui de nos jambes confirme ce qu’on nous avait annoncé. Au Guatemala, les routes sont construites au plus efficace à flanc de montagne. On peut gagner 500m de dénivelé à 12% et les perdre instantanément pour tout recommencer… Plusieurs fois par jour. Le tout sur des cailloux, ça devient sportif, très sportif. Voire désespérant quand on tombe sur un segment en travaux, qui sera super quand il sera fini, mais qui, pour l’heure, est arpenté par des camions qui nous asphyxient en montée, nous ralentissent en descente et nous effrayent avec leurs klaxons alors qu’on les avait entendus depuis la vallée précédente!

Ça commence à monter sévère dans l’Alta Verapaz, et la route est vraiment pourrie …
On trouve in extremis un bout de champ non cultiver pour camper près de Panzós, avec vue sur les montagnes qui nous attendent le lendemain

On ne désespère pas car chaque village traversé est une récompense : la gentillesse des gens qui nous saluent et nous encouragent « Que le vaya bien! », les vendeurs de licuados (milkshakes et parfois jus de fruits) en bord de route où l’on observe la vie locale, d’immenses marchés hauts en couleurs fréquentés par des femmes Mayas portant les parures traditionnelles multicolores et d’immenses sacs sur la tête où l’on découvre tortillas, tamales et autres beignets de bananes… Nous sommes aux anges. On découvre que la plupart de ces mets en petite quantité vallent « quetzal » avec le doigt en l’air. A savoir 12 centimes. Pareil pour les fruits frais, les avocats les bananes frites… On en ferait du gras si la route n’était pas si difficile.

Une dame maya se rend à l’église sur la place centrale de Rabinal en Baja Verapaz
Des dames mayas s’abritent du soleil pour discuter devant l’église de Rabinal en Baja Verapaz
Un aperçu du flot de couleurs, lumières et stands de nourriture qui nous ravissent dans les marchés, ici à San Juan Sacatepequez près de la Capitale

Le problème des montagnes étant aussi que le sol n’est pas plat. Élémentaire mon cher, mais compliqué pour planter la tente. Alors quand la pluie s’en mêle, nous finissons dans des hôtels. C’est toujours une petit défaite pour nous, mais quand on entend ce qui tombe dehors, on est ravi d’être au sec. Même si la douche est froide et que les moustiques ont bien compris comment passer les filets de protection.

Écrit ainsi, tout cela peut paraître horrible. Nous sommes pourtant les cyclos les plus heureux dans ce genre d’endroits. Nous traversons l’Alta et le Baja Verapaz et ses villages mayas emplis d’une agitation fébrile. Les hautes et basses montagnes de cette zone conquise par les Espagnols grâce à la conversion au christianisme (ils n’ont pas su par les armes, d’où cette notion de « vraie paix ») est empreinte de traditions. Nous passons pour des ovnis quand nous demandons de l’eau potable sur une place éloignée de la route, récoltons des encouragements et les éclats de rire des gens dans les montées, et traversons des paysages d’une belle variété. Jungle tropicale, champs cultivés à perte de vue, forêts de pins, terres arides entourées de cactus… Et les volcans qui apparaissent au loin.

Le paysage et le climat changdbg radicalement au passage d’un col, ici Vallée de Salamá, Baja Verapaz
Nos premiers cactus!! Et la chaleur qui va avec avant d’entamer un nouveau col et la baisse des températures

Ils marqueront la fin de ce premier segment car nous évitons la capitale, Guatemala City, pour nous rendre à Antigua, ancienne capitale et haut lieu de tourisme reconstruit au pied des volcans Agua, Fuego (en activité et mortel) et Pacaya. Nous n’avons pas hâte de rejoindre les hostels, l’anglais international les restos chics. Mais le système digestif de Kris nous prouvera que c’est une bonne idée. À pousser comme des sourds dans les montées, nous ruer sur les granizados (de la glace pillée avec des épices et du citron, ou des fruits au sirop), la nourriture de rue, les fruits et légumes non lavés et changer brusquement de température plusieurs fois par jour, l’organisme nous le fait payer (enfin, surtout à Kris).

Il nous reste si peu à parcourir sur la carte! Nous scindons l’étape en 3 et nous accordons une journée de rien dans le froid de San Juan Sacatepequez (!)

Une vue de la place centrale de la ville de San Juan Sacatepequez, qui nous séduit surtout par son marché et sa streetfood

Cette ville proche de Guatemala City, qui n’a en apparence rien d’attirant et un unique hôtel bruyant et sans eau chaude, fait l’affaire. Elle a un immense marché où l’on découvre les milliers de tissus indiens, une cantine super bon marché, des vendeurs de rue qui font des frites dignes du Nord et un café où Amélie découvre que, non, ils n’exportent pas tout leur excellent café, (mais presque quand meme) pendant que Kris mange une crêpe au Dulce de leche.

Qui a dit que nous avions hâte d’arriver à Antigua?

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