Le Bélize s’est imposé à nous. Alors que le Mexique devenait notre incontournable point de départ sur le continent, ce petit pays côtier au sud de la péninsule du Yucatan nous faisait de l’oeil. Un pays anglosaxon en Amérique centrale avec une population métissée, des jungles, des îles et une gigantesque barrière de corail… N’en jetez plus!

Nous passons la frontière à Chetumal en sifflotant le 24 décembre : ce pays sera notre cadeau de noël. Un garde frontière rembarre Amélie. Ici on ne dit plus Gracias mais Thanks. Et le changement culturel est immédiat : d’un pays hispanique et maya dans une zone très touristique, nous passons à une société d’ancienne colonie Britannique où les communautés africaines des Garinagus, côtoient les indiens mayas, les chinois qui détiennent l’intégralité des commerces du pays, des groupes religieux venus d’un peu partout qui vivent en autarcie et une grande communauté centramericaine venue du Honduras, du Salvador ou du Guatemala pour fuir les conflits et la surpopulation. Sans compter les blancs installés ici pour la détente locale qui nous retirent notre côté gringo. Et le mélange fonctionne bien, avec des touches britanniques assez surprenantes sous ces latitudes. La reine d’Angleterre sur les billets, les gros bus scolaires ramenés tout droit des US pour y finir leur vie, les jardins parfaitement entretenus même devant de petites bicoques… On a du mal à se croire en Amérique centrale et ça nous fait tout drôle.

On parle tout de même beaucoup espagnol puisque de nombreux hispanophones des pays alentours se sont installés ici. On a notre dose quotidienne de tortillas et de liquados dans de petites échoppes le long des routes, et ça nous rend heureux. A la sortie de Corazal, près de la frontière, un jeune homme travaillant dans une tortilleria (l’endroit où on produit et cuit les tortillas donc) nous offre nos galettes de maïs et une sorte de caramel fait maison « cadeau de bienvenue au Bélize! ». Effectivement, on se sent bien accueilli. Les gens sont d’une grande gentillesse, de partout on nous salue à coups de « Hi! », « Morning! » ou « Merry Christmas » de circonstance.

Malheureusement, le temps n’est toujours pas de la partie et les moustiques ne se sont pas arrêtés à la frontière… On sauve notre réveillon de noël avec de succulentes noix de coco fraîches récoltées avant l’assaut de la tombée de la nuit : c’est incroyable ce timing, chaque soir, alors que le soleil se couche juste, ce sont des hordes de moustiques qui nous tombent dessus. Et ni la citronnelle ni les pantalons ne nous sauvent. Il paraît que la peau s’habitue… En attendant, on a de belles jambes piquetées et une nouvelle activité, la chasse aux moustiques dans la tente.

On nous avait dit « vous verrez, au Bélize il y a très peu de voitures! ». Mouais, c’était sûrement vrai encore récemment mais quand les pick-ups vous dépassent à toute allure alors qu’il n’y a pas de bas côté, étonnamment, le ressenti n’est pas le même que pour les backpackers en bus. Il faut dire qu’avec seulement 2 « highways » Nord-Sud Est-Ouest, en réalité les seules routes bitumées du pays, il n’y a pas vraiment d’options pour les véhicules.

Le Bélize étant plus petit que la Belgique (sisi!), nous voyons vite arriver Bélize City. Ancienne capitale du pays, elle a été ravagée dans les annees 60 par un ouragan et quand on y entre à vélo, on a l’impression que ça s’est passé hier. La ville est triste, les habitats ravagés par l’air salin de la côte et le soleil qui tape dur ici. Pour ne rien arranger, le tourisme est organisé dans des zones dédiées et maintient le reste de la ville dans une certaine misère. On a aimé parcourir le pays et ses petits villages de maisons sur pilotis de toutes les couleurs avec leurs jardins parfaitement entretenus et leurs bosquets de fleurs multicolores. Pourtant, on a envie de profiter un peu de cette dernière region caribéenne dans notre voyage. Notre cadeau de noël sera finalement d’aller sur une île pour voir la fameuse barrière de corail.

C’est là que nous découvrons l’autre Bélize, celui du gros tourisme à l’américaine.

Pays anglo-saxons relativement sûr (malgré les statistiques de violence qui viendrait, dit-on, des gangs) et dont la monnaie, le dollar Belize, est ancrée au dollar américain, il attire pour ses plages, ses cocotiers et sa décontraction caribéenne. La vie est plus chère que dans les pays voisins mais on était loin d’imaginer le coût dans les îles… Pour faire passer la pilule, quand le prix est trop élevé, on nous annonce la somme en dollars…US. Ça donne l’impression d’être deux fois moins cher ainsi. La belle blague!

L’île de caulker est une mangrove qui a été asséchée et sacrifiée au tourisme. 1/3 de l’île est occupée par les habitants qui travaillent dans les 2/3 restants. Une succession d’hôtels, de restos, de petites boutiques, pas trop de bars. Dans une ambiance tranquille ou le maître mot « go slow » est affiché un peu partout. Sollicitations régulière de tous les vendeurs aux étales, creme solaire en tête de gondole, nous sommes dans un lieu de tourisme de masse! Tout le monde ici est de passage dans son voyage. Nous racontons plusieurs fois par jour le notre car c’est ainsi que commencent toutes les discussions dans ces lieux. Chacun a sa façon de voyager et chacun a une façon différente d’être arrivé ici.

Deux activités majeures de déroulent ici : voir la barrière de corail et boire des coups au bar de la plage. Comme nous ne sommes pas trop portés sur le bar, nous envisageons vite la solution plongée et réservons pour le lendemain de notre arrivée. Au matin, le vent s’est levé, rendant la plongée impossible. On se rabat sur un tour en kayak.

Nous pensions aller voir la barrière que l’on voit depuis l’île. Ce fut sans compter sur l’intervention d’un garde nous imposant de faire demi tour après avoir pagayé 1h face au vent. Son argument : il fait une licence pour voir les coraux. Comme ça, s’il y a de la casse, on sait qui faire payer. Bonne nouvelle, l’argent recolle les coraux… Nous apprendrons plus tard que nous n’étions pas en zone protégée et que le gars défendait juste son buisness… Nous retournons donc bredouille vers l’île, non sans nous amuser en transformer notre kayak en bateau a voile. Maintenant que nous avons compris le principe, un bout de ficelle, une serviette de plage et hop, on rentre sans effort!

Au deuxième jour de vent, la météo annonçant une semaine a ce rythme là, nous renonçons à la plongée et optons pour le snorkeling. Nous plongeons dans un aquarium! A peine quelques mètre de fond, parfois nous avons pied, Tout est au rendez-vous. Poissons, coraux, raies, tortues et bien sûr, les requins que l’on nous annonce en produit phare.

C’est magnifique du moment que l’on assume de faire partie d’une grande machinerie bien huilée. Mais ça nous met quand meme tres mal à l’aise. Ici, peu d’éthique dans la plongée. Les requins sont présents parce qu’on les nourrit, le guide d’un groupe voisin n’hésite pas à en attraper un par l’aileron pour le chevaucher…

D’habitude les lieux de tourisme sont fait pour dépayser sans choquer le touriste dans sa culture. Ici, le touriste est américain, du coup il y a des moeurs qui ne sont pas les notre.

Il suffit d’accepter tout celà puisqu’on est là, qu’on n’y peut pas grand chose et l’île se transforme en un lieu paisible où l’on marche pieds nus dans le sable dans une belle lumière. La nourriture est bonne, le temps passe doucement au soleil et en ce qui nous concerne, nous apprécions une chambre d’hôtel deux jours de suite sans avoir à plier la tente. Un espace rien que pour nous, ça n’était pas arrivé depuis longtemps.

N’ayant rien réservé pour les fêtes qui approchent, nous partons de l’île qui affiche complet en cette période. Ravis d’avoir fait cette halte et ravis de repartir sur nos vélos qui nous arrachent à ces circuits touristiques.

De retour sur le continent, nous hésitons à nous donner une chance de mieux connaître ce pays et continuer vers le sud plutôt que de filer tout droit vers le Guatemala et ses ruines maya à Tikal. Nous sentons bien que nous n’avons pas encore complètement saisi la réalité du Bélize. Une discussion au café avec une famille britannique dont le père est un diplomate à la retraite tranche pour nous : ce sera le sud.

Le trajet, plus incertain, nous amène vers un poste frontière qu’on ne passe qu’en bateau. On espère que ça passera avec nos vélos, mais franchement on se pose à peine la question, l’envie prend le dessus. Dès que notre décision est prise, le soleil semble plus franc, Bélize City plus agréable et la route moins fréquentée…et les campements face aux montagnes qui se profilent au sud nous tendent les bras! Nous savourons ce changement de plan (on avait un plan?). Le pays se révèle à nous, bien plus tranquille avec ses petites villes côtières accessibles par une seule route au milieu des marécages, ses grandes plantations d’orangers ou bananiers, ses cocotiers qui nous tendent leurs noix et ces petits villages où l’on recommence à nous regarder comme des ovnis.

La discussion se fait facilement au détour d’un commerce. On essaye de comprends le créole qu’on appelle ici « Broken English ». Même s’ils font des efforts, on ne capte pas toujours ce que nous disent les gens alors on sourit et ça fait rire tout le monde. C’est un vrai bonheur pour Kris de pouvoir lui aussi discuter avec les gens du coin qui s’empressent de nous apprendre des mots locaux et nous expliquer ce que l’on regarde avec un air interrogateur.

La route se vide de ses véhicules pour le nouvel an. Sur un de ces petits chemins chaotiques que l’on affectionne, même quand il faut pousser les vélos dans du sable ou les porter pour passer une rivière, on croise les travailleurs qui se rendent aux champs. Pas de pause pour eux, alors que la musique a sonné fort toute la nuit. Au moment où Amélie pense à se plaindre de sa selle sur une route pleine d’ornières, nous croisons des familles à vélo où, pieds nus, des gamins pédalent avec leur petit frère assis sur la barre en amazone.

Plus on se dirige vers le sud, plus le Guatemala s’annonce. Les schoolbus jaunes sont toujours là, les commerces chinois aussi, mais doucement des maisons en bois brut et toit de palmes apparaissent. Les Hi! font place aux Hola! plus timides. On est en terres mayas et les habitations ne sont plus peintes de toutes les couleurs, elles se confondent avec la végétation, plus luxuriante encore qu’au nord.

Nous avons décidément eu raison de prolonger notre traversée du Bélize. Ce petit pays principalement connu pour ses plages nous a montré bien d’autres facettes qui nous ont séduites. Nous sentons bien que ce pays ne sera pas notre coup de coeur. Il est plus propre et plus plat que ses voisins, et bien moins habité. Ce nest pas négligeable à vélo! On s’y est senti tranquille , avec juste ce petit côté aventure, entraperçu au Mexique, qui nous manque. C’est pourtant le coeur un peu serré que nous embarquons à Punta Gorda, seul point de passage au sud vers le Guatemala. A bord d’une barque surpeuplée, nos vélos mal arimés sont à la peine en pleine mer.

Mais nous nous rendons au pays des volcans, des lacs d’altitude, des petits villages mayas perdus dans les montagnes… et nous sommes tout excités. À nous le Guatemala !