Nous voilà donc projetés à Cancún, à l’extrémité du Yucatan, cette péninsule mexicaine qui se jette dans la mer Caraïbe à la rencontre de l’île de Cuba toute proche. Destination finale inattendue de la première partie de notre périple, Cancún est aussi le départ tant espéré de notre voyage à vélo à proprement parler. Nous allons ENFIN pédaler, camper où bon nous semble, déjeuner dans des cantines de village, discuter avec les locaux, acheter mille fruits et légumes frais dans de petits marchés… Être libres et rencontrer une nouvelle culture.

Enfin, c’est ce que nous souhaitons très fort alors que Kris essaye de résoudre le puzzle de nos vélos avant que la nuit ne nous cloître à l’aéroport.

Au départ, le Yucatan, a toutes les chances de remporter le concours de petit coin de paradis. Mer bleue, sable blanc, cocotiers, temps clément toute l’année, terre arrable, gens souriants… Et puis la fédération nationale des moustiques s’est associée avec une bande de riches investisseurs et tours opérateurs pour créer ce qu’est devenu la côte sud caraïbéenne du Mexique. Le deal tient en des termes simples : on privatise et on clôture entièrement la côte. Tous les touristes qui veulent voir la mer, se font faire les poches par les uns pendant que les autres leur sucent le sang. On vous laisse deviner qui fait quoi.

Trop habitués à la France, nous trouvons odieux l’absence d’accès libre à la côte. Enfin si, il existe 2 petites plages publiques : nous avons loupé la première à Playa de Carmen et désesperons d’atteindre la seconde à 150km au sud de Cancún. Nous décidons de suivre la côte vers le sud, direction le Bélize et la grande barrière de corail qui fait tant parler d’elle dans cette partie du monde.

Nos vélos se remettent à peine de leur long trajet en pièces détachées (de La Rochelle à Cancún en deux mois) et nos jambes se dérouillent en suivant une succession de panneaux « propriété privée » peu engageants. Les propriétaires clôturent une zone, annoncent monts et merveilles sur d’immenses panneaux publicitaires et portes d’entrée démesurées et doivent se protéger avec des barbelés et des gardes armés tous les 50m… on a du mal à savourer ce lieu avec un tel tourisme de masse! Bien sûr, on comprend l’envie de visiter la péninsule et l’économie qui en decoule, nous en faisons aussi partie. Mais le contrast entre les lieux de tourisme et les conditions de vie de nombreux travailleurs croisés en chemin est frappant, et la pénibilité de notre reprise d’effort nourrit nos idées noires.

Par une route surfréquentée de bus touristiques et de camions, nous longeons la côte sous un ciel maussade en nous disant « à Tulum, ça ira mieux, peut-être. » Et effectivement, à Tulum les choses s’arrangent ! En fait, après coup, on pourrait croire que nous avons été spectateurs de la succession des choses. Pas vraiment. Nous avions décidé de maintenir le cap quoi qu’il en coûte et que ça changerait là. On l’aurait décidé ailleurs à un autre moment, en quittant cette grosse route par exemple, ça se serait produit aussi. Toute la question réside dans pourquoi l’a-t-on décidé là et pas ailleurs? C’est ainsi.

Et soudain la chance nous sourit à nouveau. Tulum est aussi très touristique mais l’ambiance y est agréable. On y passe une nuit pour préciser nos plans : faire un aller-retour sur la langue de terre qui sépare la mer d’une étroite lagune longue de 80 km en pleine réserve naturelle. Alors qu’on fait provision de fruits et légumes au coin de la rue, le marchand nous dit qu’une barque pourrait nous permettre de rejoindre une petite route sur le continent. Plus de demi-tour?!! On ne se fait pas prier là dessus. En bon cyclotouristes, nous détestons rebrousser chemin, c’est deux fois trop d’effort!

En l’espace de quelques heures, nous nous éloignons du tourisme de masse et trouvons des paysages plus à nos gouts. Ce soir-là, nous dormons sur une langue de terre si étroite que nous profitons du coucher de soleil sur la mangrove et de son lever sur la mer. Sur le même campement, nous voyons passer un dauphin, un banc de poissons, un flamand rose, des frégates, des pélicans, des iguanes, une tripotée d’oiseaux inconnus a nos yeux et -bien sur- des moustiques comme jamais! Tout cela, en sirotant des noix de coco cueillies à même les cocotiers à grand renfort de gymnastique.

La traversée du lagon se fait sans effort grâce à l’Espagnol d’Amélie et un pêcheur très emballé par notre trip à vélo. Nous debarquons, seuls au monde, sur la rive d’une réserve naturelle de mangrove et de jungle. Nous y passerons la nuit et pédallerons 42km sur un chemin avant de rejoindre une route. Nous apprenons désormais entre petits villages et zones touristiques bien plus accessibles.

On trouve ainsi un accès publique et gratuit au lagon à Bacalar, cette petite ville fortifiée qui borde des eaux douces turquoises et où nous serions bien restés quelques jours.

Passer à ce point du tout au tout est délicieux.

Le Mexique nous tient enfin, ou déjà, dans ses charmes. Ici, les gens semblent naturellement souriants, la nourriture est très abordable et peu épicée (et ça importe vraiment pour Kris). Nous roulons un gros morceau le matin, une fois à travers la mangrove, une fois à travers la jungle, plusieurs fois sur la grand route. Puis nous trouvons une taquería pour manger, une activité à faire (et la sieste compte, oui!) ou une « agua natural », ces jus de pastèque, ananas, tamarin ou hibiscus à siroter le long de la route.

Avant de terminer la journée de vélo, faire quelques courses, dont les tortillas de maïs que nous dévorons encore tièdes, et trouver un campement. Les réflexes du voyage sont vite revenus. L’espagnol fluide d’Amélie nous aide énormément à nous rendre compte de la sympathie des Mexicains. Nous y passerons beaucoup plus de temps en revenant vers le nord. Cette perspective nous réjouit alors que nous nous dirigeons vers un pays anglophone et membre du Commonwealth enclavé dans l’Amérique centrale hispanique : le Bélize.

3 thoughts on “Premiers tours de roues en Amérique!”

  1. merci pour l’article,
    les nouvelles d’ici,
    il est lundi matin, il fait 10H50,
    et ca serait vachement bien de se mettre un peu à pédaler dans le boulot !

  2. Oh oui qu’elles sont belles ces photos ! Mention spéciale à la première, où Kris a une tête tellement hirsute et cartoonesque que la dame de derrière prend peur. 🙂
    C’est bien triste cette privatisation des côtes (et ça existe d’ailleurs aussi bien plus près de chez nous), mais vos intuitions vous guident apparemment sur la bonne voie. Je vous suis… et suis avec vous. 😚

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