La seconde partie de ce voyage maritime commence à la Palma. L’île des Canaries où nous avons avitaillé le bateau. Nous y sommes arrivés en pleine après-midi, très contents d’avoir encore du jour pour manoeuvrer au port. Un appel radio pour s’annoncer et on nous répond « pas de soucis, mais il faut attendre un peu. » Un peu? Nous sommes arrivés pendant la maintenance de la porte… Il nous a fallu attendre plus d’une heure avant de finalement pouvoir entrer de nuit et retoucher la terre ferme tant désirée.

Arrivée à La Palma

Le mal de terre c’est canon! Les yeux disent « hey! Ça bouge pas! » L’oreille interne « wouaw ça bouge pas non plus! » Le cerveau « foutaise, je vous crois plus, le sol peut se défiler d’un instant à l’autre! » L’estomac « je dois vomir ou pas? » Le tout créant une sensation d’ivresse sans le ralentissement intellectuel. C’est drôle, mais ça ne dure pas longtemps.

Dans le port, nous rencontrons d’autres équipages. Il y a cette famille avec 4 jeunes garçons et leurs parents partis pour un tour du monde; quelques concurrents pour une transat appelée « Rally des îles du soleil » dont un énorme trimaran. Ce sont des équipages qui se font encadrer pour leur transat. Par exemple parce que c’est une première pour le skipper. Il y a les gens qui habitent sur leurs bateaux sans pour autant naviguer. Notre voisin de quai a passé les 3 jours de notre séjour à regarder sa télé dans son bateau. Et il y a des « échoués ». Il est apparemment fréquent que devant l’épreuve que constitue la traversée atlantique, le skipper se dégonfle, fait durer son escale et finalement reste au port pendant des mois. Christian comme Guy ont plusieurs histoires de ce genre à raconter.

Hors de question pour nous de donner là dedans!

Une journée pour décompresser, s’occuper un peu du bateau et manger des tapas. Le lendemain, nous pensions acheter les vivres, mais c’était sans compter le jour férié (1er novembre) très suivi en Espagne. Du coup on se rabat sur la visite de l’île avec la voiture de location. Au bout d’une heure de route, notre côté hyperactif sonne l’alarme et nous tombons vite d’accord : on est dans un véhicule encore plus restreint que le bateau, hors de question d’y passer la journée!! Nous étions au sommet du volcan de l’île, c’est décidé, on rentre à pied! Partir a 14h avec quelques biscuits et une bouteille d’eau pour une rando de 25km et 2000m de dénivelé… La belle idée! Une très belle rando sur la lèvre autour du cratère ceci dit! Une marche au dessus des nuages qui gargouillent, ça nous change de point de vue. On se fait prendre par la nuit dans la descente et on finit à la lumière de nos portables… pas très malins. Mais on en avait envie et besoin. Le bateau nous force à l’immobilisme et ce n’est que le premier tiers du voyage… nos corps crient après leur dose de mouvements, d’efforts et de dopamine.

Promenade au dessus des nuages
Un des paysages le long de l’arête

Le lendemain Kris constate qu’il a aussi eu sa dose d’acide lactique. Il a les jambes raides et il lui faudra 3 jours pour s’en remettre. Tant mieux.

Sur le bateau, chacun son rôle. En plus de prendre nos quarts nous allons naturellement vers des tâches que nous savons faire. Amélie se met en charge de l’approvisionnement avec Guy, Mathilde et Christian. Sa prestation sur la première partie a tellement satisfait le groupe que personne ne recompte vraiment ce qui entre dans le bateau. Cette confiance aveugle lui vaudra un peu de stress par la suite. Kris est à l’entretien du bateau. Comme il est neuf, y a beaucoup de petites choses à régler.

Le bateau est prêt, les coffres, batteries, bombones de gaz, réservoirs d’eau et de pétrole sont a nouveau pleins, nous reprenons la mer après 3 jours de pose. 20 jours de mer nous attendent, 2500 miles nautiques que l’on envisage en ligne droite vu les vents.

A peine sorti du port, le mal de mer ré-attaque Kris qui, K.O, va droit au tapis. Guy se fait croquer la main par le winch électrique. En 30 minutes on se rend compte que l’on a oublié de se reposer aussi mentalement. On se rend vite compte que 20 jours ça pourrait être vraiment long.

Oui, ça va être long!